A force de verser des bidons d'huile sur ma roue personnelle, voilà qu'elle s'est mise à grincer doucement. Je sors de cette semaine fourbue mais assez contente de moi.

Car figurez-vous que les deux entretiens que j'étais venue afficher ici avec fierté ne se sont pas mal passés du tout. A tel point qu'ils ont fait des petits et que je suis à nouveau convoquée jeudi prochain pour un interrogatoire en bonne et due forme devant l'état-major au grand complet.

Afin de fêter dignement cette victoire épatante, je me suis écroulée, hier soir, dans mon tas de plumes râpé sans champagne ni caviar et j'ai vécu l'une de ces folles soirées télé dont je suis seule à détenir le secret.

Du service public en veux-tu en voilà jusqu'au bout de la nuit. Ce matin, j'avais une vraie tête de lendemain à me coller du masking tape sur les cernes.

Après avoir suivi avec plus ou moins d'attention les reportages proposés par Envoyé spécial, je n'ai pas pu résister à ce titre si séduisant lancé par Benoît Dusquene dans Complément d'enquête :

Sexe : la riposte des femmes.

Une façon comme une autre de préparer ma future prestation face aux quatre hommes qui vont se faire une joie de me cribler de questions d'ici quelques jours.

Imaginez seulement qu'à l'instar du consultant en recrutement mandaté par leurs soins pour effectuer un premier tri, l'un d'eux se mette à prononcer cette phrase hallucinante (à prononcer comme Fabrice Luchini, bien entendu) :

Vous n'allez pas faire de deuxième enfant ?

suivie de peu, il est vrai, par un je-vous-demande-ça-même-si-ma-fille-me-dirait-que-je-n'ai-pas-le-droit-de-le-faire.

Comment vous dire ?

J'ai dû afficher le regard le plus désemparé de ma carrière de chercheuse d'emploi et, revoyant en un quart de seconde mes huit années de PMA* et mes huit années de procédures d'adoption,  j'ai lancé d'une voix quasi éteinte un ah-non qui devait en dire long. Le type a eu quelques instants d'hésitation, m'a toisée et a redémarré :

- Parce que vous avez quel âge ? Quarante ans ?

Ebahie par sa mérpise, j'ai ânonné un autre ah-non. Puis, j'ai encaissé la suite :

- Quarante-deux, quarante-trois alors ?

Là, percevant un soupçon de désespoir chez mon interlocuteur, j'ai mis fin à son supplice juste après un troisième ah-non.

Une salve finale est venue m'achever :

- Vous ne les faites pas... Ah oui, heureusement alors (sous-entendu que vous n'allez pas faire d'autre gamin),

ça serait dangereux.

Ca vous étonne, que j'ai oublié mon sac à main en quittant le prétoire ?

Honnêtement, la demandeuse d'emploi que je suis ne se fend pas la poire tous les matins mais là, j'avoue que c'était une bonne journée.

* Procréation Médicalement Assistée

Je dédie ce post à toutes les femmes qui se sentent blessées durant les procédures de recrutement. Est-il vraiment utile de préciser que Léon, qui sort à peine d'une série quasi illimitée d'interviews, n'a jamais eu à répondre à ce genre de questions ? Mais c'est vrai que je fais beaucoup plus jeune que lui.