A 16 ans, je voulais être puéricultrice, à 18, institutrice. Plus tard, j'ai rêvé d'être libraire, puis j'ai failli reprendre une pâtisserie. Récemment, j'ai même imaginé vivre de guirlandes de fanions ou me lancer dans la boulangerie.

En fait, j'ai passé ma vie entière à essayer de trouver un chemin professionnel utile et épanouissant.

Et finalement, de guerre lasse, j'ai abdiqué.

Pour me caser,

je suis rentrée dans la FPT.

Non sans en baver d'ailleurs.

Le 19 novembre, mon année d'essai a pris fin. J'ai donc signé l'arrêté,

mais sans envie de le fêter.

Sans fards ni paillettes, je suis rentrée dans la grande famille des fonctionnaires.

Dans 20 ans et des bananes, j'aurai ainsi achevé cette brillante carrière alimentaire et je pourrai vivoter d'une retraite précaire.

A moins que je ne m'éteigne d'un coup sur mon clavier à 68 ans, un jour où mon GB (Gentil Boss), dans une ultime crise d'hyperactivité, aura encore ajouté une tâche supplémentaire à ma fiche de poste déjà chargée.

Vendredi, j'en étais à tourner la page sur cet épisode numéro 3985 de mon parcours terrestre quand je me suis souvenue de tous les crottins de chevaux et autres équidés qui souillaient les rues de Nantes le samedi précédent.

Là, j'ai senti l'opportunité.

Mon nouveau statut en poche, j'allais pouvoir, moi aussi, me lancer dans un corporatisme aigü, et comme les artisans, les médecins, les commerçants, les professeurs, les sage-femmes, les cheminots, descendre dans la rue

pour me plaindre.

Ca m'a galvanisée. Après tout, la grille indiciaire de ma catégorie ne m'accorderait que 4,63 € bruts lors de mon prochain saut à l'échelon supérieur, le point était bloqué depuis des années, le supplément familial mensuel que l'on m'attribuait pour un enfant était de 2,29 €, je n'avais pas de treizième mois ni aucun espoir d'avoir des primes supplémentaires, pas de mutuelle, et je ne pouvais même pas frauder le fisc en détournant du cash. J'avais là matière à revendiquer.

Et tout à coup, j'ai repensé à cette lettre de Médecins du Monde qui avait échoué dans ma boite à lettres la veille pour me demander quelques sous pour aider les Philippines.

Il fallait parer au plus pressé, mon nombril pouvait bien attendre.