23 novembre 2014

Dur

Vu avec ma fille sans avoir assez investigué avant, j'ai un peu regretté car l'histoire de ce petit garçon est relativement dure. Les parents sont violents et je n'ai pas compris quelle avait été leur motivation pour adopter des enfants. Voir un adulte fouetter un gamin, ça me glace le sang et je ne conseillerais pas ce film aux moins de 12-14 ans. Enfin, maintenant que c'est fait, ça donne une occasion de discuter de tout ça.

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22 septembre 2011

Messages de mères inconnues

Peut-on rire de tout ? Je n'en suis pas sure. Chacun a ses limites et ce soir, le sujet que j'ai choisi d'aborder, vous allez le découvrir, ne fait pas dans la légèreté. Que ceux qui ne sont pas concernés, pas intéressés ou pas disposés veuillent bien m'en excuser, je leur promets la parution prochaine d'un radiateur ré-accroché, de folies crochetées ou d'asters nouveaux-nés... et peut-être même de charentaises éventrées.

Depuis ce jour gris où un médecin de Bordeaux, consulté non par plaisir mais par obligation (étape exigée pour débuter la procédure d'adoption), m'a jeté sans ménagement qu'un enfant adopté pouvait être né d'un viol, ce qui m'a fait bugger le cerveau pendant trois bons mois, je me demande régulièrement s'il vaut mieux

savoir ou ne pas savoir.

En choisissant la Chine comme pays d'origine de mon enfant, j'ai vite été mise au parfum car les limites ont été bien posées dès le départ. Aucune information ne pourrait être obtenue sur le passé du bébé. L'abandon étant un délit, les raisons qui l'avaient provoqué demeureraient définitivement inconnues pour les parents adoptants, et surtout pour les enfants adoptés.

Mais ce n'est pas parce qu'on est informé qu'on accepte et qu'on le vit bien.

Le jour où j'ai ouvert cette enveloppe kraft en provenance directe des services d'adoption chinois et que mon regard s'est arrêté sur ces mots succincts qui expliquaient que ma fille avait été trouvée devant un orphelinat à deux jours avec un biberon, ma gorge s'est serrée et pas une seule fois depuis, je ne suis parvenue à maîtriser l'émotion qui me submerge lorsque j'imagine ce tout petit bout de fille abandonnée en pleine rue.

Comment peut-on en arriver à se séparer de son bébé ?

J'avais bien quelques idées sur la question, nourries d'explications basiques fournies par l'association qui traitait notre dossier, et de données évidentes comme la politique de l'enfant unique, très spécifique à la Chine. Mais cela n'a jamais assouvi mon désir d'en savoir plus car la vraie bonne question, ce n'était guère celle évoquée ci-dessus mais bien celle que ma fille ne manquerait pas de se poser un jour :

Pourquoi ma mère chinoise n'a-t-elle pas voulu de moi ?

Dans mon esprit, c'était limpide. Si un jour elle voulait savoir d'où elle venait, je me devais de lui répondre du mieux possible.

Il m'arrive très souvent de m'arrêter pour la regarder, éberluée, et je me dis toujours : "Tu te rends compte, c'est ta fille. Elle est géniale. Trop de chance.". Elle m'envoie un sourire lumineux en m'appelant "Maman, viens !" et là, comme à tous ses anniversaires, je sais pertinnement ce que je dois à sa mère naturelle.

Cette femme, je me sens liée à elle. Peut-être pense-t-elle à sa fille, devenue la mienne, et se demande-t-elle si elle est heureuse ?

Pas question, à mes yeux, de dissimuler quoi que ce soit à cette enfant ou de lui mentir. Pour moi, elle aura toujours deux mères et deux pères et des racines chinoises que je lui aurais volontiers laissées plus ancrées si la double nationalité avait été autorisée par la loi chinoise.

De ces 9 mois et deux jours, je n'ai rien. Pas même la tenue qu'elle portait à deux jours ni le fameux petit biberon.

Aucun lien.

Lors de notre voyage soigneusement organisé en Chine et très réjouissant par ailleurs, nous avons été conviés à visiter un orphelinat mais ce n'était pas celui de ma fille, ni d'aucune des autres petites filles du groupe d'ailleurs. L'opacité était de mise et nos questions sur l'orphelinat où notre fille avait réellement passé ses 18 premiers mois se sont heurtées à un mur. La permission d'y aller seuls nous a été refusée et ce choc de cultures m'a beaucoup contrariée même si j'y étais préparée.

Je n'avais aucunement l'intention d'offenser les autorités chinoises. Ce que je voulais, c'était juste avoir quelques éléments à livrer à ma fille le jour où elle me regarderait et qu'elle me dirait : "Maman, qu'est-ce-qu'il m'est arrivé ?".

Et lorsqu'elle tente aujourd'hui d'en savoir plus sur ses premiers mois, je suis très contente d'avoir passé des heures à enquêter toute seule sur Internet et pu miraculeusement récolter une poignée de détails et quelques images sur sa vie passée. Aujourd'hui, j'ai quelques éléments en ma possession pour étayer les conversations que nous avons sur son quotidien à l'orphelinat. Et cela, apparemment, la satisfait.

Mais quand elle me questionne sur ses parents avec cette interrogation sous-jacente "Pourquoi n'ont-ils pas voulu de moi ?", je lui réponds que je ne sais pas ce qui s'est passé en lui proposant, comme il y a peu, de lire ensemble le rapport qui nous a été transmis lors de l'apparentement. Même s'il est pratiquement vide.

Au fond de moi, cette histoire bouillonne depuis toujours.

Et les questions abruptes ou les déclarations qui arrivent souvent comme un cheveu sur la soupe ravivent mon sentiment de frustration. Il y a peu, au dîner, elle nous a dit soudainement "Je veux aller en Chine voir ma Maman et mon Papa morts". Bizzaremment, surpris par sa formulation, on a éclaté de rire, et elle aussi du coup. Cependant, c'était loin d'être drôle et il a fallu ensuite se débrouiller pour répondre correctement et la tranquilliser.

Alors, c'est peu de dire

que mettre la main sur ce livre

a changé ma vie.

J'avais déjà lu Chinoises et Funérailles céleste de Xinran mais en regardant la quatrième de couverture de ce livre-là, je n'en ai pas cru mes yeux.

Une fois de plus, Xinran nous emmène au coeur de la vie des femmes chinoises - étudiantes, femmes d'affaires, sages-femme, paysannes - toutes hantées par des souvenirs qui ont marqué leur vie d'une empreinte indélébile. Que ce soit à cause de la politique de l'enfant unique, de tradition séculaires destructrices ou de terribles nécessités économiques, des femmes ont été contraintes de donner leurs filles en adoption, d'autres ont dû les abandonner - dans la rue, aux portes des hôpitaux, dans les orphelinats ou sur des quais de gare -, à d'autres, encore, on a enlevé leurs petites filles à peine nées pour les noyer.

Ces récits, Xinran n'avait jusqu'à présent jamais pu se résoudre à les rapporter - ils étaient trop douloureux et la touchaient de trop près. A toutes les petites Chinoises qui ont été adoptées à l'étranger, ce livre adresse un message poignant, pour leur montrer ce que leurs mères ont réellement vécu et pour leur dire qu'elles ont été aimées et ne seront jamais oubliées.

L'histoire de ma fille

était dans ce livre

et la mienne avec.

Ce que j'avais toujours eu en tête, à savoir que si jamais, un jour, ma fille, une fois adulte, voulait rechercher ses origines, peut-être et sûrement le pourrait-elle grâce à cet outil formidable qu'est Internet, devenait presque palpable.

Je ne l'ai pas lu d'une traite. Certains passages imposent un temps de repos et de réflexion.

J'y ai trouvé ce que j'attendais : des réponses à certaines de mes questions et en cela, je ne remercierai jamais assez Xinran pour ce livre extrèmement émouvant que je vais garder pour le remettre à ma fille lorsqu'elle sera en âge de comprendre et de supporter la réalité de son histoire, si elle le souhaite.

Très touchée par le fait que Xinran laisse, dès son introduction, une place aux mères adoptives, j'ai mieux compris son implication au chapitre 10 en découvrant son parcours poignant.

Je me suis longtemps interdit de divulguer mes sentiments profonds sur cette procédure d'adoption en Chine, procédure que j'ai avant tout choisie par évidence et que j'ai eu beaucoup de chance de mener à bien, mais dont les règles draconiennes m'ont amené et m'amènent encore à des questionnements sans fin.

Le livre de Xinran m'a libéré d'un poids.

Mon seul but étant de transmettre à ma fille la force nécessaire pour accepter au mieux son histoire et trouver une certaine forme de bonheur.

XMMI

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18 août 2011

Clair et net

Lors de cette douce parenthèse, je n'ai pas rencontré que des vieilles pierres, des auberges divines et des paysages époustouflants.

J'ai aussi croisé des êtres humains.

Je sais, je suis une fille étonnante.

De vieux copains, des bouts de famille, des gens que j'aime et que je ne peux pas voir aussi souvent que je le souhaiterais. Et puis d'autres, des petits nouveaux avec qui j'ai senti qu'on pourrait accrocher les wagons si nos chemins ne faisaient pas que se croiser pour quelques jours d'été.

Trop dommage.

Parmi eux, cette prof d'histoire qui nous a enchantés à la table d'hôtes du Mas Lou Abeilhs et qui, en aparté, est venue me dire que ma fille lui faisait penser à la sienne, adoptée en Corée il y a 24 ans.

En aparté.

Car rien ne m'ennuie plus que de me sentir pointée du doigt et obligée de déballer mon histoire d'adoption devant un auditoire avide de détails croustillants.

Heureusement, mis à part ce rustre à qui on a acheté des abricots sur le marché de Souillac et qui nous a lancé votre-fille-elle-est-très-typée et ce père de famille qui s'est approché du banc où l'on écoutait tranquillement du jazz pour nous lâcher elle-vient-d'où et qui, comme je lui jetais le nom de mon bled du 44 en pitance, a cru judicieux de se tourner vers Miss Cocotine pour lui reposer la même question, la plupart des personnes cotoyées cet été nous ont traités comme les autres, ce dont je leur sais gré, car nom d'un chien,

être traitée comme les autres,

c'est vraiment ce que, considérant ce cas précis, je trouve le plus exaltant.

La nouveauté dans tout ça, car nouveauté il y a, c'est que Miss Cocotine commence à affronter la situation seule et à répondre aux curieux sans notre aide. Ce qui signifie que ce qu'on lui a expliqué - après avoir ingurgité des années de psy spéciale adoption -, à savoir que son histoire n'appartenait qu'à elle, qu'elle ne devait pas se sentir obligée de l'étaler sur la place publique à chaque fois qu'un inconnu l'interpellait et qu'elle en parlait seulement si elle le désirait, à qui elle voulait et quand elle le choisissait, a pris racines.

Il s'agit juste de lui apprendre à jauger la situation pour qu'elle souffre le moins possible de ces agressions qui, en montrant sa différence physique du doigt, la ramènent certainement ou, en tout cas, peuvent la ramener, dans son coeur, à son abandon. Ce qui, apparemment, passe complètement au-dessus de tous ceux qui s'accordent tout pouvoir pour l'interroger.

Et, hier soir, après quelques jours de centre de loisirs, elle m'a raconté qu'elle avait eu de petits soucis :

Miss Cocotine, visiblement fatiguée : Y'a une grande de 8 ans, elle me demande tu-viens-d'où, t'es-chinoise, t'as-des-frères-et-soeurs, t'es-la-seule-chinoise, toute la journée, Maman, elle dit ça.

Moi tâtant le terrain : Et alors, tu lui réponds ?

Miss Cocotine avec une diction on ne peut plus parfaite, pour une fois : Ben, oui, je lui ai dit

tu me pompes l'air.

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08 juillet 2011

Ma fille

7 ans et 4 mois, toutes ses dents de lait moins 1 plus 2 définitives façon bébé requin, elle pousse à vue d'oeil.

Bientôt 6 ans qu'on l'a mise dans mes bras.

Son CP l'a dévergondée et elle me lance souvent des t'inquiète-Maman bourrés de gentillesse. Elle adore les mathématiques et moi, je prie pour que ça dure. Le français, c'est plus compliqué et malgré ses efforts colossaux, les phrases arrivent encore parfois tout emmêlées.

A la rentrée, elle ne veut plus danser mais faire du basket. D'ailleurs, les petites voitures et les billes sont bien plus usées que la Barbie. C'est tout un patacaisse de la mettre en jupe à l'école et elle en revient souvent avec des bobos partout.

Comme bien des filles, elle est fan de son Papa et déclare parfois qu'elle le veut pour amoureux. Le soir, au lit, elle se colle ce qu'il reste de son doudou sur le nez et elle me réclame des calins sur le ventre en me disant je-taime-bien-Maman. Puis on se fait des mimi-esquimaux.

Elle me dit qu'elle restera à la maison jusqu'à toujours, qu'elle veut que je lui frotte le dos même quand elle sera grande et quand je lui dis eh-tu-rigoles-ma-vieille-j'aurai-autre-chose-à-faire, elle dit qu'elle ne veut pas grandir parce qu'elle a peur d'être morte.

Elle est arrivée si tard dans ma vie qu'il me semble que la pousser vers l'indépendance est la meilleure chose que je puisse lui apporter mais plus elle grandit et plus j'ai la trouille qu'elle soit blessée.

Elle est jolie comme un coeur, aime rire aux éclats et mange de tout sauf des endives. Quand je me lâche trop, elle me dit arrête-de-dire-des-gros-mots-Maman et son expression préférée actuellement, c'est mince-mince-mince.

Mon voeu le plus cher, c'est de l'emmener en Asie un jour pour qu'elle puisse se rendre compte que les yeux bridés, c'est beau, et que ceux qui se moquent d'elle ici sont de pauvres ignorants. Le but essentiel de ma vie désormais - à part trouver un job - c'est de retourner en Chine pour aller, avec elle, à l'orphelinat de Langli où elle a passé ses 18 premiers mois, visite que nous n'avons pas eu le droit de faire lors de son adoption.

Elle est ce qu'il m'est arrivé de mieux dans ma vie.

Ma fille

Ce post ma été inspiré par le départ imminent de La dame des Crys vers sa petite fille. Je lui souhaite autant de bonheur que j'en ai eu le 5 septembre 2005, dans le bureau des affaires civiles de Changsha en Chine.

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30 mai 2011

Ma fête des mères

L'adoption, c'est la rencontre de deux histoires souvent très douloureuses qu'il faut décortiquer, ingurgiter et mater afin de marcher, côte à côte, sur le même chemin et y prendre du plaisir.

Autant vous dire que l'affaire n'est pas forcément simple.

De notre point de vue, à mon Léon et à moi, les liens se sont créés dès que Miss Cocotine a atterri dans nos bras, ce 5 septembre 2005, dans le bureau des affaires civiles de Changsha. Ou presque, parce que le moment était tout de même assez épique.

Mais dans sa petite tête brune, que s'est-il passé ce jour-là ? Et depuis ?

Concernant la première question, dès qu'elle a réussi à aligner les mots, Miss Cocotine nous a vite expliqué qu'elle avait eu peur de nos grands nez.

Pour le reste, tout au long de ces années, à travers des livres, pour lui répondre ou faire suite aux attaques extérieures, on a parlé moult fois de nos histoires respectives - mais sans jamais utilisé le mot abandon, bien trop violent à notre goût - et on a voulu lui donner la force d'accepter et essayé de lui apprendre à se positionner.

Pourtant, dernièrement, j'ai été désemparée.

Un soir à table, elle nous a dit :

- Natacha, elle m'a dit que j'avais pas de parents.

En coeur, on lui a répondu :

- Ah bon, et nous, on est quoi ?

Et mon Léon d'ajouter parce qu'il voyait que cette réplique ne lui convenait pas :

- C'est parce qu'on ne se ressemble pas qu'elle t'a dit ça, sûrement.

Là-dessus, j'ai précisé :

- C'est normal, ma Chérie, on ne peut pas se ressembler puisqu'on t'a adoptée. Tu ressembles à tes parents de naissance qui sont chinois.

J'étais en face d'elle et soudain, j'ai vu de la détresse dans ses yeux.

Ca m'a déstabilisée mais j'ai essayé de la réconforter.

Deux jours plus tard, un soir, je lui ai dit dans l'oreille :

- Tu sais, moi, j'aurais voulu te porter dans mon ventre et je n'aurais voulu aucune autre petite fille dans mon ventre. Que toi. Tu es la petite fille de mes rêves.

Ca l'a fait sourire.

Et puis samedi soir, alors que je la couchais, elle m'a dit :

- Mamounette, j'ai quelque chose à te dire.

- Ah oui ?

- J'ai pas des souvenirs.

J'ai tout de suite compris à quoi elle faisait allusion mais j'ai creusé pour voir si je ne me trompais pas :

- Des souvenirs de quoi ?

Elle a répondu comme ça :

- Moi, j'aime bien que tu me portes dans ton ventre. Parce que là, avec toi, j'ai des souvenirs.

Ca m'a scotchée et j''ai bien compris que ce que je lui avais dit quelques jours auparavant avait fait son chemin. Je me suis mise à chialer comme une madeleine et je lui ai dit en reniflant :

- Je ne t'ai pas portée dans mon ventre mais c'est pareil, je t'ai portée dans mon coeur.

Ses yeux se sont illuminés, elle a pris son doudou et elle a répété :

- Oui, dans ton coeur, dans ton coeur.

Bien sûr, le lendemain, c'était la fête des mères et j'aurai mon petit cadeau,

mais là, j'avais eu bien mieux que ça.

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24 avril 2011

Abandon, adoption, origines

Hier soir, j'ai mis la barre un peu haut en choisissant ce film qui depuis, me trotte dans la tête. Merveilleuse Annette Benning, superbe réalisation.

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12 avril 2011

Le baratin du mardi 12 avril 2011

Après avoir soigneusement disséqué tous vos signes apparents ou privés, mes neurones ont repris du service, et à la vitesse de la lumière.

D'abord honteuse d'avoir eu le culot de m'auto-diagnostiquer un burn out alors que je n'ai qu'un enfant et que je ne travaille pas, j'ai attrapé ma liste, mes sacs multicolores, les clés de ma décapotable et visité Auchan-Picard-Horizon-Vert sans rien oublier. 37 kilos que j'ai bravement portés et rangés soigneusement dans le réfrigérateur, non sans avoir dûment essuyé les clayettes auparavant.

Fallait bien faire pénitence.

Et puis j'ai froncé les sourcils et j'ai décidé d'enquêter sur les symptômes de cette mystérieuse maladie, puisque le phénomène est désigné comme tel, et là, j'ai d'abord découvert "épuisement professionnel". S'en est suivi un long et tumultueux dialogue intérieur :

- "Ah non, tu pousses, le burn out, c'est réservé à ceux qui bossent, pas aux flemmardes comme toi qui bloguent toute la journée."

- "Quoi ? Moi, je blogue toute la journée ? Mais ça va pas, non ! Tu veux que je te dresse la liste de tout ce que je fais, et en silence en plus, sans aucune reconnaissance, et surtout aucun salaire ?"

- "Tu parles ! Tu te la coules douce. Personne n'est dupe. Non, pas question de burn out chez toi."

- "Attends, regarde plus bas. Les 10 signes annonciateurs, c'est :

• Réveils matinaux de plus en plus difficiles, voire totalement décalés
• Tensions physiques insupportables, notamment dans le dos et les cervicales
• Migraines
• Démotivation générale
• Sautes d’humeur
• Difficultés à se concentrer
• Sensation d’impuissance
• Difficultés à remplir ses objectifs
• Difficultés à gérer son temps (tout devient prioritaire)
• De moins en moins de sociabilité avec les collègues

Tu vois bien ! T'as qu'à remplacer collègues par voisins et c'est tout moi. Je suis burn outée."

- "Pfffff, t'as raison, s'il n'y avait que des burn out comme le tien..."

- "Tiens, regarde en bas ! Burn out maternel. Ca, c'est le mien !"

- "Eh, Stéphanie Allénou, elle a trois enfants, toi, t'en as qu'un !"

- "Eh ben, on a le droit d'être burn outée avec un seul enfant ! Et justement, le deuxième, j'ai pas pu l'avoir."

- "Ben tu devrais être contente, ça fait du boulot en moins !"

- "Tu fais exprès de pas comprendre !"

- "Euh, ben non."

- "Si ! C'est le burn out de l'adoption ! Voilà ! "

- "Sans blague..."

- "Et en plus, si tu tapes "burn out chômeur", j'te parie que ça existe !"

- "Burn out du chômeur, mais c'est à crever de rire, ça !"

- "Pas trop non. Lis ça ! Un poème qui s'appelle "Le burn out du chômeur". Ah, ça me ferait chialer, ce type, c'est mon jumeau !"

- "Alors d'après toi, tu souffrirais d'un double burn out ?"

- "Exactement,

le burn out de la mère adoptive

et le burn out

du demandeur d'emploi de longue durée !"

- "Nom d'un chien, t'es mal..."

-"C'est clair, j'suis mal, tu vois bien !"

Nombreux sont les jours où je me dis que mes délires épistiolaires ne sevent à rien, que je suis minable et que je ferais mieux de cliquer définitivement sur "Supprimer le blog" - enfin, ça, c'était avant que je ne prenne mes 5 gouttes car depuis, JE VOIS LA VIE EN ROSE PIVOINE - mais il y a toujours un com' juste, poignant ou stimulant (Peau d'Anne, tu m'as fait grimacer avec ton footing !) qui arrive à point nommé pour me conforter dans l'idée que ma volonté de partager n'est pas vaine. Alors merci à celles et à ceux qui me témoignent leur confiance.

Au fait, il est 16h18 !

Arriva arriva !

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11 juin 2010

Point final

Il est arrivé dans la boite comme si j'avais tendu la joue gauche.

En retour.

Quatre mois après notre capitulation, le service d'adoption chinois vient de nous renvoyer notre joli dossier bleu accompagné d'une lettre bourrée d'idéogrammes et de sa traduction en anglais.

Le numéro F 170 est clos. On nous remercie pour notre intérêt et nos efforts, on nous dit qu'on avait toutes les qualités pour faire de bons parents, on s'excuse au cas où ces années d'attente nous auraient apporté du stress et on nous souhaite "a happy life".

Se lancer dans un parcours d'adoption, c'est accepter que d'autres décident de son sort sans qu'on ait le moindre mot à dire et c'est aussi donner des sommes parfois folles sans jamais pouvoir cracher-jurer qu'on sait à qui elles vont profiter. Sujet infiniment tabou et également très complexe.

Il faut se résoudre à faire confiance. Et fermer bien fort les yeux si jamais on s'est vu doté d'une trop grande lucidité par une vilaine fée.

Mais ce matin, non, non, non, je n'ai plus envie de me taire. Ma soumission a des limites et puis, de toute façon, elle n'a plus de raisons d'être.

Où est donc passée la monnaie des 1000 € que j'ai envoyés en Chine en octobre 2007 pour la gestion de notre dossier ? La procédure n'a pas été menée à terme. Cet argent que nous avons mis des mois à économiser, pourquoi le service d'adoption chinois se réserve-il le droit de le réquisitionner ?

Pas un mot là-dessus dans la jolie lettre. "J'ai le regret de vous informer que les autorités chinoises ne procéderont pas au remboursement des frais engagés pour la traduction et l'instruction de votre dossier", confirme juste l'AFA dans son courrier d'accompagnement.

Bien sûr, au début des festivités, on est de bonne humeur et on ne veut pas penser à un échec éventuel. Et puis l'argent, c'est vilain d'en parler. Alors on signe les chèques sans moufter et même si on comprend bien qu'on perdra tout en cas de pépin, on occulte.

A-t-on le choix ?

4 ans et demi plus tard, on se retrouve puni deux fois : notre demande n'a pas abouti et nos sous se sont envolés.

Si seulement je savais que cet argent sert à aider des enfants démunis et placés en orphelinat, je serais plus que sereine. Mais je n'ai reçu aucune information en ce sens.

Epilogue

 Aujourd'hui, quand je regarde ma fille, je mesure toute la chance que j'ai eue d'arriver jusqu'à elle.

Aujourd'hui, quand je regarde le numéro F 170, je me demande quel petit minois aurait eu ma deuxième fille si j'avais continué à ramper sur ce chemin de croix. Faire une fausse-couche à 54 mois, ce n'est pas si banal et si simple que ça.

Deux parcours si diamétralement opposés.

Je pense à ceux qui ne connaissent malheureusement que le deuxième et j'esp ère que la petite fille qu'on n'a pas eue ira chez un couple qui attend son premier enfant depuis de longues années.

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EDIT DE LUNDI SOIR : Merci pour vos com' sur ce post. On pourrait parler des jours et des lunes sur le désir d'enfant et sur l'adoption. La vie est pleine de joies mais c'est aussi un parcours initiatique truffé de deuils plus ou moins importants à faire. Chez les uns, c'est rapide, chez d'autres, c'est plus long. Parfois, on jure l'affaire enterrée et tout ressurgit en un instant avec cette question glaçante, immédiatement suivie d'une affirmation évidente : "Mais pauvre truffe, comment t'as pu renoncer à ça ? T'es qu'une grosse nulle.".

Je laisse le dernier mot à Chouchenn :

"Vive la vie qui continue à... 3 !"

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31 mai 2010

Le coeur qui explose

Toujours un grand moment même si je n'ai pas eu le collier de nouilles tant attendu. Cette année, la maîtresse avait mis un mot dans le cahier. Pas de cadeau pour la fête des mères et rien non plus pour la fête des pères. Non mais où va le monde franchement ?

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03 mai 2010

Crapules ou pas ?

Autant être honnête avec vous. Les potins de notre douce France en cette semaine 17 de l'an 2010 ne m'ont fait ni chaud ni froid.

Les divagations du duo pathétique Brice-Lies m'ont fait grimacer d'horreur tant le premier s'est empêtré dans cet imbroglio et l'autre s'est fourvoyé dans la conjugaison du verbe déchoir. Quant à cette nouvelle intrigue politico-financière menaçant un ancien premier ministre et mon-PDPA*-préféré, j'attends avec impatience que les protagonistes fassent surface pour savourer tout le piment de l'histoire.

Au bout du compte, vu de ma lucarne, il m'est apparu que la chose la plus sage à faire, c'était d'envoyer toute cette jolie bande se faire voir chez les grecs.

Car dans mon tout petit monde s'est tramée une affaire autrement plus importante. Sortie de la semaine 16 un tantinet épuisée par les crises capricieuses et théâtrales de Miss Cocotine, il était temps de réunir les hautes instances pour décider du sort de la gamine rebelle. Le verdict est tombé : punie de Schtroumpfs pendant une semaine. Une idée de l'homme. Pour une fois que je ne passais pas pour la vilaine qui scande "Pas de légumes, pas de bonbons !" et lui pour le héros rentrant, tard certes, mais les mains remplies de macarons, de glaces ou de chocolat, c'était toujours bon à prendre.

La petite brunette rappelée à l'ordre s'est ainsi tenue infiniment tranquille en début de semaine. Puis mercredi après-midi, alors que je jouais des aiguilles en la regardant essayer de caler son chien en peluche à califourchon sur le guidon de son vélo, elle partit soudain d'un coup de pédale et m'envoya un cinglant : "Je vais chercher mes parents.", ajoutant "Mais c'est pour de faux Maman !"

Visiblement, la petite crapule parvenait à aligner les mots parfaitement bien quand il s'agissait de me piquer au vif. Le centimètre de plus en un mois se faisait sentir. Il fallait prendre le taureau par les cornes et pourtant, c'est exactement l'inverse qui s'est produit. Le regard fuyant, j'ai reçu l'estocade sans riposter

Assez secouée et revoyant toute la saga de son adoption défiler, j'ai gardé ça en magasin et dans la série faut-savoir-déléguer-quand-on-n'est-plus-à-la-hauteur, c'est son orthophoniste qui lui a répondu un peu plus tard à ma place : "Les parents, on ne peut pas en changer, c'est comme ça." Brave comme tout, elle m'a ensuite si bien décortiqué le phénomène d'un "Elle sait où ça fait mal." que je suis sortie de son cabinet regonflée partiellement.

Quelques jours après, ma copine Nadine avec qui j'adore refaire le monde de temps en temps au coin de la rue, m'a réconfortée de plus belle. Avec trois filles, à mes yeux, c'est comme-qui-dirait une boule d'expérience. "C'est l'âge !", elle m'a assuré. Ce qui m'a redonné un peps du diable.

C'était clair, la morpionne, elle allait voir de quel bois je me chauffais.

Du coup, en fin de semaine, alors que bien installée au restaurant et pleine d'insouciance, notre Miss Cocotine se gavait de frites croustillantes en dessinant des hippopotames, l'homme et moi, on lui a dit : "Alors, tu veux toujours changer de parents ?"

Devinez la réponse...

Bonne semaine à tous !

* Pour les distraits, les petits nouveaux et les amnésiques, PDPA signifie Président Du Pouvoir d'Achat.

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