22 juin 2014

Le baratin du dimanche 22 juin 2014

La fille qui prétendait hier qu'elle arrivait très bien à se sevrer de toute virtualité

is back.

En même temps, ça n'aura aucune conséquence néfaste sur l'harmonie de ma cellule familiale. Léon est parti à la déchetterie avec sa bassine de gravas et Miss Cocotine est enfermée dans les toilettes avec un Picsou géant.

Mon feuilleton à deux balles peut reprendre,

je ne manque à personne.

21  jours que j’ai les reins bloqués dans le ciment et que mon nerf sciatique, bloqué Zeus-sait-où, me fait geindre comme une mourante.

Ca fait trimer ma panoplie de thérapeutes.

Mais ce n'est pas pour autant que je peux coller ma Thuasne au feu. Du quand-est-ce-que-ça-va-se-détendre-tout-ça-? de mon acupuncteur au retournez-voir-le-rhumato-faut-faire-des-infiltrations-et-éviter-le-burnt-out de mon médecin, j'ai l'impression d'être complètement lost.

De là à s’organiser des virées sur Internet, il n’y a qu’un pas. C'est ainsi que, mercredi dernier, à 13h12, j’ai atterri chez Ameli où, sans surprise, j'ai pu lire :

Les facteurs psychosociaux et les facteurs psychologiques
Les contraintes psychosociales (monotonie des tâches, insatisfaction professionnelle, peu de reconnaissance reçue en échange des efforts fournis...) sont susceptibles de favoriser les lombalgies et en particulier leur passage à la chronicité...

Quand je vous disais que la FPT me tuait à petit feu.

Et du Christophe André, même en intraveineuse, n'y pourrait rien.

J’en ai plein le dos.

Au bout d'un an et demi d'efforts incommensurables pour rentrer dans le moule du fonctionnaire parfait, je suis rongée jusqu'à l'os.

Au point d'en être arrivée à cette piètre conclusion : mon état de zèbre n'est pas compatible avec les systèmes imposés dans la fonction publique qui sont encore bien plus lourds que dans le secteur privé.

Du coup, pour me sentir moins seule, je suis retournée pagayer sur Zebra-Crossing au rayon Emploi, parcours professionnel.

J'ai bien fait, mes bizarreries m'ont semblé, tout-à-coup, fichtrement normales.

C'est déjà ça.

Je n’arrive pas à composer avec la-fausse-blonde-qui-parle-haut-et-fort-et-que-Gentil-Boss-aveuglé-semble-croire-compétente, ses valeurs du style moi-personnellement-je étant fondamentalement opposées aux miennes. J’ai un besoin viscéral de respecter mon supérieur hiérarchique mais quand il se perd dans des propos racistes, je me liquéfie derrière mon écran.  Je m’applique dans mon travail comme une première communiante s’évertue à avaler l’hostie, mais comme la direction a toujours raison, mes remarques et autres réflexions même-pas-puissantes sur comment-rationnaliser-mon-travail ne sont absolument pas prises en compte. J'ai plongé quand Gentil-Boss, à qui j'avais réclamé de me nourrir parce que je m'ennuyais, m'a donné tous les modèles des lettres de la collectivité à reformater en croyant me faire plaisir. J'ai vite compris, qu'à moins de courtiser, lécher, intriguer, personne n'aurait cure de mes talents cachés et que je crèverai à petit feu dans ma catégorie pourrie. Je ne peux pas supporter les concours et autres méthodes de recrutement douteuses qui me paraissent inefficaces et lourdes.

Inévitablement, cette liste-à-deux-balles se termine par je-suis-nulle comme-un-baba-au-rhum-sans-rhum.

Alors je m'enfile un demi alprazolam tous les soirs.

Ca empêche temporairement mes neurones mabouls de plancher sur la question qui les hante 17 heures par jour : mais-fuck-qu'est-ce-que-je-peux-faire-pour-m'en-sortir.

Influencée par quelques articles prétextant que les DRH de France et de Navarre devraient prendre en compte les particularités des HQI pour mieux les rendre heureux,

j'ai rêvé d'un coming out.

Je me suis vue débouler chez Big-Boss et le mettre en demeure d'un  j'ai-146-de-quotient-intellectuel-faites-quelque-chose-avant-que je-ne-me-jette-dans-le-broyeur. Ce qui aurait l'avantage, pour moi, de flinguer net ma sciatique, mais le désavantage, pour lui, de voir la une de Ouest France briser l'image idyllique qu'il s'acharne à donner de sa collectivité. 

Allez savoir si ça ne pourrait pas même remonter aux oreilles de Laurent Delahousse, là-haut, à la capitale. 34 secondes de passage au 20 heures et la France entière commenterait cette fin barbare et injuste.

Enfin, je m'égare, là.

Le souci, c'est que les ressources humaines ne le sont que dans mon monde idéal. Là où je trépasse 39h par semaine, c'est Big Boss qui en est responsable et sa conception de l'humain se résume à organiser une-soirée-laser-game ou un barbecue-chamboule-tout par an.

Autant dire que mon envie de tout déballer est vite retournée là où elle était née.

Mieux valait somatiser.

Je ne peux plus ni marcher, ni conduire, ni m'asseoir.

La nature est quand même bien faite.

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27 avril 2014

Le baratin du dimanche 27 avril 2014

Depuis que j'ai vu Gravity, j'ai renoncé à l'idée d'aller sur Mars.

Le souci, c'est que l'abandon de ce projet d'évasion m'a plongée dans un puits sans fond.

Normal, sur Terre, je n'ai rien trouvé de croustillant à me mettre sous la dent.

A part les préoccupations existentielles de ma collectivité, bien évidemment.

Et là, tonnerre de Zeus, on peut dire que je traverse

une période faste.

Je n'avais jamais mesuré à quel point ce qui se trame dans les couloirs de la FPT juste après les élections peut être envoûtant.

Depuis que celui qui devait être réélu les doigts dans les nez ne l'a pas été - ô malédiction - BB (Big Boss) est blanc comme un linge et à mon humble avis, GB (Gentil Boss), lui, n'est pas loin de penser, certains jours d'agacement, que si tout le monde sautait, son quotidien s'en verrait peut-être miraculeusement transformé.

Autrement dit, pendant que ça spécule outrageusement dans les hautes sphères, la base, elle, continue à bosser bravement.

Dans ce marasme, je poursuis

mon chemin initiatique.

Pour repasser le concours en 2015, j'ai gentiment demandé la permission d'assister à la préparation organisée par le CNFPT. Lequel m'a récemment convoquée pour un test d'orientation censé mesurer mon aptitude à analyser, synthétiser et rédiger.

Le but étant, en cas de besoin, de participer à une remise à niveau avant l'entrée en formation.

C'est compliqué, mais c'est la spécialité des fonctionnaires, d'éradiquer toute simplicité.

Du coup, j'ai propulsé mon Bac+2 et mes décennies d'expérience aux oubliettes et je suis partie plancher trois heures dans un amphi sympathique, entourée de 230 personnes (les 230 autres étant conviées pour le même exercice l'après-midi).

A peine arrivée, j'avais déjà envie de repartir.

Il faut dire qu'au lieu de profiter pleinement de ces festivités scolaires, je me suis lancée dans de multiples interrogations du genre

mais-qu'est-ce-que-je-fiche-ici.

Passer un concours dans la territoriale, à quoi ça sert ? Ca donne accès à une catégorie, pas à un poste et encore moins à un métier. Ca ne donne pas d'emploi, et au bout de trois ans, on peut le perdre et entrer majestueusement dans la bande des reçus-collés.

De quoi virer à l'aquabonisme le plus aigü.

Ou à la révolte.

Un système lourdingue et soi-disant égalitaire qui permet mille dérogations et discriminations à l'embauche et qui met des bâtons dans les roues de ceux qui veulent évoluer, qui y croit encore ? Combien d'argent public gaspillé dans ces organisations de concours - sans parler des fois où, suite à une erreur interne, les candidats sont obligés de repasser les épreuves ? Une bonne refonte de leurs méthodes de recrutement archaïques, voilà ce dont ils auraient besoin, dans la Fonction Publique Territoriale (voir la Méthode d'autoévaluation proposée par Le Défenseur des Droits).

Mais vous me connaissez. Je me suis reprise.

Je suis restée dans les rangs et, tel un bon petit soldat, j'ai noirci mes copies.

Et puis je me suis sauvée en jurant : "Inch'Allah, si j'ai moins de 10, je laisse tout tomber."

Au risque de clamser devant la Canon à 72 ans, au 11ème échelon de ma grille miséreuse.

Après des années à supporter les regards lubriques vissés sur les fesses moulées de la blonde, les discours pitoyables de BB qui commencent d'un bon-j'ai-mon-organe-qui-n'est-pas-au-mieux-et-tout-le-monde-aura-compris-qu'il-s'agit-de-ma-voix et cette stupide machine à affranchir qui tuerait net le sourire du Dalaï Lama.

Pas glam'.

Heureusement,

je lis Happinez.

Et page 99, dans un article intutilé "Toi et moi", j'ai vu cette invitation :

"Tous les jours, nous sommes entourés de proches, de collègues, d'inconnus. Entrons-nous réellement en contact avec eux ? Essayons de donner le meilleur de nous-mêmes."

Vous pensez si ça m'a interpellée.

Donner le meilleur de moi même, c'est mon obsession.

Surtout avec mes collègues.

Et le magazine de me proposer ce rituel :

"Placez-vous debout l'un en face de l'autre, les deux pieds à plat sur le sol. Regardez-vous. Placez votre main gauche sur votre coeur et demandez à votre partenaire de placer sa main droite sur votre main gauche, de telle sorte que vos deux mains soient posées l'une sur l'autre, sur votre coeur."

Et caetera.

Foi de Cocotine, demain matin,

je mets l'exercice en application

avec le premier que je croise au bureau.

Le double-four est noyé sous les eaux, mais c'est drôle, une lueur d'espoir vient soudain d'illuminer mon ciel.

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30 octobre 2013

Le baratin du mercredi 30 octobre 2013

Je vous épargnerai les dernières remarques sexistes, racistes ou homophobes auxquelles j'ai encore été récemment confrontée dans ma collectivité à deux balles.

Mercredi dernier, lorsque le mot utilisé par les planteurs du XVIIIème pour désigner les esclaves - un coup à se demander si celui qui l'a prononcé ne descendrait pas des armateurs qui ont bâti leur fortune sur le commerce triangulaire - a heurté mon oreille gauche, j'ai senti que l'intégrité de mon intellect était gravement menacée.

J'ai attrapé mon mug frappé d'un freedom illusoire et me suis retirée de la scène.

Heureusement, à force d'errer dans les couloirs en me répétant que-diable-suis-je-venue-faire-dans-cette-galère, j'ai atterri dans le bureau d'une collègue qui, en deux temps trois mouvements, m'a expliqué qu'elle était tout aussi désespérée que moi par la médiocrité de ces propos banalisés.

Ca m'a requinquée.

Un peu plus tard, c'est au rez-de-chaussée que j'ai dégoté un autre allié pour déblatérer sur

la beaufitude ambiante.

En refermant sa porte, j'avais à nouveau foi en l'homme.

Moi qui ruminais sec depuis cet épisode pathétique de ma rentrée 2013, voilà que je m'étais trouvé des compagnons d'infortune capables de prendre position au lieu de ricaner bêtement lorsque tel ou tel petit coq se mettait à plastronner.

Du coup, j'ai un peu moins mal au ventre quand je saute dans ma décapotable pour aller badger.

Un semblant de résistance serait-il en marche ?

En attendant de trouver une forme de réponse à cette question d'envergure,

moi, gyno-sapiens écoeurée,

je rêve secrètement de projeter cet épisode de Silex and the city à cette bande de macho décérébrés.

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09 octobre 2013

Le baratin du mercredi 9 octobre 2013

Hier soir, à 20h40, je ne parlais pas toute seule sur un banc, mais bien calée dans mon canapé. Une soirée pimentée de plus à hésiter entre France 2, Arte ou M6 s'annonçait.

Bizaremment, le destin en a décidé autrement et je me suis soudain retrouvée sur France 5 face à ce titre aguichant :

"Dans la peau d'un chômeur de plus de 50 ans".

Animée du masochisme le plus aigü, j'ai suivi Gilles de Maistre, un journaliste de 52 ans qui, pendant neuf mois (seulement...), a cherché un job sous le pseudo de Gilles Lafon, responsable commercial.

Pour de faux.

Le bienheureux.

Plus les regards hagards et les vies brisées défilaient, plus je revivais mes sept années de lutte et je me disais que si je n'avais pas eu l'idée de venir faire ici mon coming out de demandeur d'emploi de longue durée un certain 28 septembre 2008 à 15h03, j'aurais certainement laissé davantage de plumes sur le chemin.

Job wanted,

84 billets pour vaincre l'humiliation,

l'ignorance ou le déni.

Cependant, si j'ai écrit, j'écris et j'écrirai encore, je me garde bien, en revanche, de parler de cette période à quiconque. La naïveté et l'incrédulité de ceux qui n'ont jamais connu cette descente aux enfers les poussent facilement à penser que j'en rajoute et je finis taxée d'adepte de la victimisation.

Les pauvres.

Un jour, ils pourraient bien tomber de haut, eux aussi.

Difficile, cependant, de vous conseiller ces 52 minutes de vraie vie.

A moins que vous n'ayez moins de 43 ans, l'âge auquel le vilain petit monde du travail français m'a collée cette étiquette de

senior.

Car mieux vaut être préparé à cette mise au rancart, mieux vaut savoir qu'on devra accepter un job qui ne correspond pas du tout à l'expérience acquise, mieux vaut savoir qu'on se retrouvera décalé dans un milieu professionnel étranger à ce qu'on a connu, mieux vaut savoir que le salaire des jours heureux, celui pour lequel on s'est battu et qu'on a largement mérité, sera salement amputé.

Dans le meilleur des cas.

Le mien.

Bon courage aux demandeurs d'emploi qui témoignent dans le reportage et qui cherchent, pour certains, depuis  10 ans, et à tous les autres qui s'en prennent plein la figure dans l'ombre.

21,6% des chômeurs ont plus de 45 ans.

Un tour, pour le fun, sur Service-Public.fr où l'on peut lire "Le départ à la retraite à partir de 62 ans s'applique donc uniquement si vous êtes né à partir du 1er janvier 1955."

Je vous laisse faire la soustraction : 62 - 45 (voire 43) = ?

Merci pour vos petits mots

qui m'ont indéniablement soutenue

pendant ces très longues années

que je ne parviens pas à oublier.

PS : Intéressant aussi, l'entretien qui suit le documentaire entre Carole Gaessler et ses invités : Gilles Mirieu de Labarre, président de "Solidarités nouvelles face au chômage" et le sociologue Serge Guérin.

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07 octobre 2013

Le baratin du lundi 7 octobre 2013

Depuis que je me cramponne au bas de l’échelle de la FPT du double-four, je n’ai plus aucune minute à consacrer à ma déprime récurrente.

Fière de ma victoire sur moi-même après 7 ans d’errance à Pôle Emploi, j’ai fait ma prétentieuse et l’ai flanquée derechef aux oubliettes pour jouir pleinement de ma nouvelle vie de stagiaire.

Mis à part quelques petits loupés dus à des pointes d'extra-lucidité forcément néfastes, je me suis niée et pliée en ignorant les propos gras qui traînaient ça et là. J’ai refoulé les mais-qu’est-ce-que-je-fous-là et les comment-j’ai-pu-tomber-si-bas en tapant, photocopiant et scannant plus vite que mon ombre.

D'efforts en renoncements, j'ai atteint mon but : me faire accepter par le groupe.

Soûlée par un quotidien avilissant et terrassée par l’ennui ambiant, j’ai fini par m'endormir tous les soirs sur le canapé, à l'aise dans ma peau de surdouée

totalement sous douée.

Et ma vie a défilé, merveilleusement affligeante.

Jusqu’au jour où, après nous avoir obligés à empaqueter des dizaines de dossiers et à les déballer au milieu d'un chantier digne de ceux de Valérie Damidot, ma collectivité a inauguré ses nouveaux locaux en grande pompe.

C’était un samedi matin, le ciel était dégagé et mon dos bloqué.

Toute à ma joie de participer à ce happening incontournable, j'arborais le moins sincère des sourires quand, devant d’autres participants, l’un de mes collègues a cru bon de m’interpeller d’un :

« Y’a un élu qui cherche les toilettes ! Tu veux pas y aller ? Il a besoin de quelqu’un pour lui tenir ! »

Et c'est là qu'elle est revenue me frapper en pleine figure.

Ma dépression existentielle.

En un quart de seconde, mon humeur a viré et mes neurones, jusque-là savamment maîtrisés, se sont déchaînés.

Depuis ce jour d’exception, je suis aussi blue que Jasmine.

Cerise sur le gâteau, le semaine suivante, alors que je branchais une prise électrique, l’un de ses acolytes, 26 ans et toutes ses dents, a fait irruption dans mon espace en m’apostrophant d’un :

« T’es déjà sous le bureau à cette heure-ci ?! »

Dés-intégrée par tant de stupidité, je suis entrée dans une période illimitée de misanthropie et j'erre désormais dans les couloirs en évitant de chercher un sens à ma vie.

La passer à s'auto-censurer au milieu d'énergumènes qui ne maîtrisent pas le présent du subjonctif , c'était déjà consternant, mais là, c'est devenu accablant.

Pourvu que je ne finisse pas sur un banc à parler toute seule.

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26 septembre 2013

Le baratin du jeudi 26 septembre 2013

Si, lorsque j'ai pointé mon nez dans ce monde débile un jour d'automne à l'hôpital Foch de Suresnes, quelque cartomancienne m'avait avertie que bien des années plus tard, mon avenir se jouerait dans l'atmosphère improbable de la salle d'expo des Oudairies à la Roche-sur-Yon, je me serais vite fait hara-kiri avec le premier scalpel en vue.

Malheureusement, ça ne s'est pas passé comme ça et Bouddha s'est encore joué de moi en m'envoyant là-bas pour un nouvel exercice.

En janvier 2013, après avoir décortiqué avec méthode les possibilités extravagantes d'avancement que m'offrait ma nouvelle carrière dans la FPT du double-four, j'ai capté que, si je ne pratiquais pas, encore une fois, la politique

du BTF (ou Bouge Tes Fesses)

je mettrais quelques bonnes dizaines d'années à gravir péniblement les échelons en grattant un ou deux ou trois points à 4 € et des cacahuètes bruts tous les un ou deux ou trois ans.

Pas de quoi m'acheter cash la cahute crêtoise de mes rêves.

Sans compter que, même en faisant preuve d'un optimisme débridé, je pouvais affirmer sans risque que des décennies, devant moi, je n'en avais pas à la pelle.

Ce constat pitoyable m'a aussitôt poussée à m'inscrire pour passer un autre concours, histoire de me donner l'illusion d'avancer. Puis, j'ai procrastiné et même essayé d'oublier que j'avais eu la prétention de choisir l'épreuve de finances, budgets et intervention économique des collectivités territoriales. En dernier ressort, pétrie de lâcheté, j'ai fui.

A Chypre.

La suite, vous la connaissez.

Enfin, en partie seulement.

Car la face cachée de l'iceberg est nettement moins glamour : des soirées à me goinfrer d'articles de La Gazette des Communes, des pauses déjeuners heures à disséquer le site gouvernemental des collectivités locales et des week-ends à stabilobosser mon Foucher de chevet en tentant d'imaginer à quelle sauce j'allais être mangée le jour J.

Et ce fameux jour J,

c'était hier.

Avec toute la bravoure dont je peux faire preuve mes jours de just-do-it, j'ai sauté dans ma décapotable à 9h00 pour un rendez-vous à La Roche-sur-Yon à 13h30. Deux fois quatre gouttes de Rescue sur la langue et j'étais assise bien droite devant ma copie, prête à en découdre avec le sujet qui me faisait de l'oeil à travers sa belle enveloppe dûment cachetée.

Le tout était d'ignorer mes centaines de voisins bien alignés en blocs d'internes, d'externes ou de 3ème voie.

Tout ça pour vous expliquer que l'affaire est bouclée, voire baclée, et que je peux donc reprendre une vie normale.

D'ailleurs, je vais me coucher sans mon Foucher.

Demain, qui, paraît-il, est toujours un autre jour, je bosse dans ma catégorie poids plume, et vu le niveau glauque de ma prestation, c'est sûrement pour un bail.

A bientôt pour de nouvelles aventures,

et merci pour vos petits mots !

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04 juin 2013

Le baratin du mardi 4 juin 2013

Des semaines que je n'ai pas pu m'accorder quelques minutes de répit pour noircir une page ici. La faute à la FPT du double-four qui me grignote jusqu'à l'os. Mais j'aurais trop d'audace de m'en plaindre. Les statistiques du chômage sont si médiocres que ma maigre feuille de paie me donne l'impression de faire partie des nantis de ce pays.

Certes, ma bicoque est bien trop modeste pour s'attirer les faveurs de Stéphane Thébaut et mon automobile n'a de capote que dans mes divagations bloguesques mais je touche quand même au but : dans quelques mois, je serai définitivement du

sunny side of the street.

Enfin, sunny, oui, mais pas suffocant. Un agent de mon niveau à-ras-les-pâquerettes n'aura jamais à s'encombrer d'un conseiller fiscal.

Quoiqu'il en soit, mon GB (Gentil Boss) m'a récemment convoquée pour dresser le bilan de ces derniers mois et s'atteler à cette tâche ô combien réjouissante qui s'appelle

évaluation.

C'est ainsi qu'à mon âge canonique, sur 18 points, je me suis vu attribuer 11 croix au titre des "compétences acquises", 4 pour les "compétences à consolider" et 3 dans la rubrique "compétences en apprentissage". Quasiment le même bulletin que celui de Miss Cocotine qui va brillamment passer du CE2 au CM1. Sans les pastilles vertes, rouges ou oranges, c'est ballot.

Les quatre pages dûment signées sous le bras, je suis repartie vers mon bureau légère comme une plume. Tout le monde m'aimait et j'aimais tout le monde.

Ou presque.

Mais c'était vrai, juré-craché. Si l'on faisait abstraction d'une poignée de névrosés, ma joyeuse bande de GC (Gentils Collègues) avait bigrement grimpé dans mon estime. A les cotoyer plus que Léon-le-garçon, toujours pas monts et par vaux en quête d'or et d'argent, j'avais fini par m'attacher.

Comme une bernique à son rocher.

Vous le croirez ou non, mais mes déjeuners n'ont désormais rien à envier aux dîners de La Parenthèse Inattendue. Bien sûr, les protagonistes ne sont jamais tombés par hasard sur Truffaut en sortant du métro et le menu oscille plus de la paëlla-au-poulet-Fleury-Michon au kebab-frites-boulgour que du risotto-à-la-langoustine à la-brouillade-aux-truffes, mais le coeur y est.

Car comme l'a si bien détecté le recruteur dans mon-test-de-comportement-et-de-motivation-en-milieu-professionnel, j'ai une réceptivité telle que certains jureraient que je suis

la jumelle de Frédéric Lopez.

Là où le bât blesse, c'est que mon GB ne m'a pas fait de pont d'or pour que j'anime ces séances et que la décoration limite miteuse de la salle de convivialité dans laquelle j'officie chaque midi n'a rien de celle du moulin à 800 000 € sur lequel on peut loucher à l'écran.

Mais qu'importe, après tout, le résultat est tout aussi distrayant. L'une de mes collègues ne m'a-t-elle pas lancé avec force enthousiasme, alors que je venais de livrer au groupe toute la quintessence des relations que j'ai avec ma famille : "Ah ben, ça me rassure. Tes parents sont bien pires que les miens !" ?

Moi, si je peux aider...

Surtout si ça me permet de m'insérer.

D'ailleurs, c'est marqué sur mon papier : Bonne intégration de Cocotine.

Je suis quasi casée.

Ce post est dédié à tous ceux qui cherchent un job et qui seraient tentés de ne plus y croire.

Tenez le coup, il y a un chemin pour chacun.

Et je vous épargnerai le quand-on-veut-on-peut dont certains se gargarisent au café du commerce ou sur un plateau télé.

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19 février 2013

Manipulés par une poignée

Une des mes bonnes copinautes, la plus discrète, m'a conseillé de regarder un numéro d'Infrarouge qui a été diffusé mardi dernier très tard - et pour cause - sur France 2 :

La mise à mort du travail

La dépossession

Evidemment, pour regarder ces dents bien alignées croquer de petites têtes dubitatives ou défaites, il faut être fort.

Ou conscient depuis toujours que le monde du travail n'a vraiment rien d'humain, en tout cas dans les grosses structures.

"Moi, je fais partie de ceux qui défendent que le rapport au travail n'est pas contingent, n'est pas accessoire, n'est pas anecdotique, que tout être humain cherche, d'une certaine façon, à travers le travail, l'occasion de se mettre à l'épreuve de soi, pour devenir soi-même, pour s'accomplir. Je pense que c'est un invariant humain.

Le mépris dans lequel est tenu le travail n'est pas d'aujourd'hui. Ca existait déjà dans l'antiquité, c'était des esclaves. C'est passé par les serfs dans l'ancien régime, ça continue avec le taylorisme et le fordisme, et aujourd'hui, on est dans un suprême mépris du travail.

Cet écart et cette manipulation qui est faite en faveur du patrimoine et des revenus spéculatifs contre le travail, dont on est prêt à détruire toutes les caractéristiques, celles qui sont nécessaires à l'exercice de l'intelligence, l'exercice de l'accomplissement de soi, je pense que nous sommes dans une évolution qui, malheureusement, ressemble beaucoup à

quelque chose qui a affaire avec la décadence."

Christophe Dejours - Psychiatre, psychanaliste

Et dire qu'en plus, j'ai une fièvre de cheval.

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08 novembre 2012

The best is yet to come

Déjà 10 jours que je le sais sans pour autant y croire tout à fait.

Après des années à être rejetée, à végéter, à m'anémier, j'ai enfin trouvé chaussure à mon pied. Et j'ai même été bien embarrassée car public et privé ont tous deux voulu m'adopter. Autrement dit, soudainement et sans explication plausible,

la roue a tourné.

Après une décennie de disette, voilà que Bouddha s'est gaussé de moi en me larguant devant un choix draconien à faire. Certes, je me suis fait des cheveux et mon estomac n'est qu'une boule de noeuds, mais pour être honnête, cet épisode surprenant de ma vie terrestre ne m'a pas déplu. Me voir ainsi métamorphosée ainsi en un objet de désir par le destin m'a plus reboostée qu'une semaine de boot camp survivor au Club Med de Pompadour.

Mais premier arrivé, premier servi, j'ai choisi de m'enrôler dans une collectivité du double-four dont le discours m'a séduite, d'une part pour valoriser ce concours que je brandis à bout de bras depuis plus de deux ans, mais aussi pour assurer ma future vie de ménagère de plus de 50 ans.

Des 140 CV reçus fin août, 12 ont émergés pour un premier entretien. Puis 6 ont été éliminés et j'ai fait partie des rescapées convoquées au jury. Deux jours après, le téléphone sonnait. 

J'étais élue.

Mon pacte avec Pôle Emploi est donc en passe d'être brisé et je m'apprête à cotiser sagement pour les 28 années qu'il me reste à tirer.

Je souhaite évidemment la même chance à tous ceux qui essaient éperdument de se recaser sur le marché de l'emploi et en particulier à Eternalia avec qui j'ai échangé pendant plusieurs mois. A en croire les derniers bilans de santé de l'hexagone, les temps risquent d'être encore durs pour bon nombre de français.

Ce 80ème post classé sous le tag "job wanted" va donc mettre un point final à cette série rocambolesque que certains d'entre vous ont suivi avec passion et compassion. J'en chialerais presque.

Merci pour votre soutien

qui m'a été vital par temps houleux.

Longtemps, je me suis dit que le jour où je pourrais enfin annoncer cette bonne nouvelle, le temps serait venu de lâcher mon blog à deux balles mais d'un coup, j'ai un doute affreux. Je suis déjà complètement dévastée par la mort de Mike*, ce n'est peut-être pas le moment d'enterrer aussi ma vie virtuelle.

Anyway, tomorrow is another day. Que le champagne coule à flots. C'est moi qui régale !

aIllustration Gil Elvgreen

* Mike, voyons, Mike ! Le Mike de Susan qui vient d'être odieusement abattu sous mes yeux (dans la dernière saison des Desperate housewives pour ceux qui habitent Jupiter).

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19 octobre 2012

Etre une femme

A force de verser des bidons d'huile sur ma roue personnelle, voilà qu'elle s'est mise à grincer doucement. Je sors de cette semaine fourbue mais assez contente de moi.

Car figurez-vous que les deux entretiens que j'étais venue afficher ici avec fierté ne se sont pas mal passés du tout. A tel point qu'ils ont fait des petits et que je suis à nouveau convoquée jeudi prochain pour un interrogatoire en bonne et due forme devant l'état-major au grand complet.

Afin de fêter dignement cette victoire épatante, je me suis écroulée, hier soir, dans mon tas de plumes râpé sans champagne ni caviar et j'ai vécu l'une de ces folles soirées télé dont je suis seule à détenir le secret.

Du service public en veux-tu en voilà jusqu'au bout de la nuit. Ce matin, j'avais une vraie tête de lendemain à me coller du masking tape sur les cernes.

Après avoir suivi avec plus ou moins d'attention les reportages proposés par Envoyé spécial, je n'ai pas pu résister à ce titre si séduisant lancé par Benoît Dusquene dans Complément d'enquête :

Sexe : la riposte des femmes.

Une façon comme une autre de préparer ma future prestation face aux quatre hommes qui vont se faire une joie de me cribler de questions d'ici quelques jours.

Imaginez seulement qu'à l'instar du consultant en recrutement mandaté par leurs soins pour effectuer un premier tri, l'un d'eux se mette à prononcer cette phrase hallucinante (à prononcer comme Fabrice Luchini, bien entendu) :

Vous n'allez pas faire de deuxième enfant ?

suivie de peu, il est vrai, par un je-vous-demande-ça-même-si-ma-fille-me-dirait-que-je-n'ai-pas-le-droit-de-le-faire.

Comment vous dire ?

J'ai dû afficher le regard le plus désemparé de ma carrière de chercheuse d'emploi et, revoyant en un quart de seconde mes huit années de PMA* et mes huit années de procédures d'adoption,  j'ai lancé d'une voix quasi éteinte un ah-non qui devait en dire long. Le type a eu quelques instants d'hésitation, m'a toisée et a redémarré :

- Parce que vous avez quel âge ? Quarante ans ?

Ebahie par sa mérpise, j'ai ânonné un autre ah-non. Puis, j'ai encaissé la suite :

- Quarante-deux, quarante-trois alors ?

Là, percevant un soupçon de désespoir chez mon interlocuteur, j'ai mis fin à son supplice juste après un troisième ah-non.

Une salve finale est venue m'achever :

- Vous ne les faites pas... Ah oui, heureusement alors (sous-entendu que vous n'allez pas faire d'autre gamin),

ça serait dangereux.

Ca vous étonne, que j'ai oublié mon sac à main en quittant le prétoire ?

Honnêtement, la demandeuse d'emploi que je suis ne se fend pas la poire tous les matins mais là, j'avoue que c'était une bonne journée.

* Procréation Médicalement Assistée

Je dédie ce post à toutes les femmes qui se sentent blessées durant les procédures de recrutement. Est-il vraiment utile de préciser que Léon, qui sort à peine d'une série quasi illimitée d'interviews, n'a jamais eu à répondre à ce genre de questions ? Mais c'est vrai que je fais beaucoup plus jeune que lui.

Posté par Cocotine à 15:46 - Commentaires [9] - Permalien [#]
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