Tout bien réfléchi, mon hiver 2014 aura ressemblé au ciel normand de mi-mars.
Plombé par le brouillard.
En novembre, les nouvelles et parfois cruelles inventions de mon GB (Gentil Boss) avaient grignoté toute l'énergie soigneusement emmagasinée cet été sous le soleil chypriote et mon anniversaire avait déclenché une sorte de mutinerie chez mes neurones douteux. Le chaos de ce monde, le viellissement, la mort et le couple Hollande-Ayrault, je passais mes journées à répéter je-suis-fatiguée, en m'autorisant la variante je-suis-épuisée les jours de grand luxe.
Conséquence logique, je suis entrée en pleine
crise de maintenant-je-fais-ce-que-je-veux.
Après des années passées à faire plaisir à tout le monde, je suis devenue indomptable et prête à tout plaquer pour suivre Julia Roberts dans "Mange, prie, aime" (je sais, ce n'est pas le meilleur film de la décennie mais les jours de au-point-où-j'en-suis, je me laisse porter par le premier DVD qui passe, Zeus me pardonne).
Léon-le-garçon a eu les jetons et m'a traînée en thérapie de couple. Dans un élan d'émancipation, Miss Cocotine a commencé à se laver et se sécher les cheveux toute seule.
Poussée par les faut-vous-occuper-de-vous-maintenant fusant de droite et de gauche - ne cherchez aucun rapport avec les élections, je suis devenue apolitique -, j'ai fini par me trouver pas mal de moisi dans le nombril.
J'ai repris le qi gong.
Une amie qui me veut du bien m'a conseillé de lire Christophe André et dans un souffle de lucidité, j'ai choisi :
L'estime de soi.
De recherches en rencontres, ma soupape est passée de 8 tours/seconde à 4.
Même si je regrette amèrement que la péroxydée aux ongles peinturlurés ne soit pas dans la même dynamique, j'essaie de prendre du recul par rapport à la lenteur infernale et la politique du comment-faire-simple-quand-on-peut-faire-compliqué de ma collectivité.
Mais on peut dire que ça me coûte.
A tel point qu'hier, j'ai recommencé à consulter les offres de Pôle Emploi.
C'est dire.
Heureusement, je ne suis pas la seule à être frustrée par les méthodes imposées et il m'arrive parfois d'aller me planquer dans le local courier ou les toilettes du premier pour hurler de rire avec ma collègue Sylvie.
Ca fait du bien.
D'ailleurs, cette semaine, j'ai eu la joie indicible d'assister à la deuxième journée de formation de rédaction de courrier que la direction n'avait pas pu - ou pas voulu - annuler en février.
Et c'est cela qui a déclenché mon envie de revenir sur ce blog décati.
Au bout de quatre minutes d'intervention, l'auditoire avait analysé la situation : le formateur, loin d'avoir pris en compte les remarques formulées dans l'enquête de satisfaction proposée, allait nous faire revivre
le même calvaire.
Après avoir longuement débattu de la nécessité de mettre ou pas une virgule à tel endroit, de l'obligation d'abréger Monsieur par M. et non par Mr et du côté chaleureux de "bien entendu" dans une formule de politesse, on était tous lessivés et GB avait de la moutarde plein le nez.
Ma voisine de gauche avait dessiné un énorme HELP sur une feuille qu'elle brandissait en douce en rougissant, mon voisin de droite avait mis tous ses rêves sur papier, une voiture, une moto, un chameau, un éléphant, et la fausse blonde qui-n'a-pas-besoin-de-formation-mais-qui-fait-deux-fautes-par-phrase tirait la tronche en vérifiant son extravagante manucure.
Spectacle surréaliste qui aura au moins eu la vertu de me plonger dans une hilarité quasi démentielle.
Même pas la peine, à la pause, de lancer des paris du genre GB-va-t-il-tenir-le-coup-?.
A 11h58, notre gourou de la rédaction a tenté un courageux "Vous avez d'autres lettres à corriger pour cette après-midi ?" et s'est pris un "non" péremptoire mais somme toute rafraîchissant dans la mâchoire.
Penaud, il a enfin rendu les armes : "Ben, je ne vois pas ce que je peux vous apporter de plus alors."
Tout le monde est sorti libéré d'un poids, et je me suis dit que pour supporter autant d'inéficacité, c'était
l'intégralité du rayon développement-personnel
de la Fnac qu'il me faudrait avaler.
La barre était décidément trop haut.