Chronique d'une mort annoncée, épisode number twenty five
Il était prévu que le chantier ouvre aux aurores samedi matin. A 10h30, le boss et son assistante préférée en étaient toujours à se mélanger les intelligences pour trouver le moyen d'effectuer la coupe parfaite. A 11h, dédaignant la carrelette électrique qui éclatait notre bel émail blanc 1er prix, l'homme a foncé chez... chez...
Alors, quoi ? Vous voyez pas que j'essaie de chauffer la salle ?
chez... chez...
BRICO-DEPOT
chez Brico-Dépôt...
Voilà, c'est ça ! Merci de votre participation active !
...pour investir 10 € dans une carrelette manuelle qui eût l'immense avantage de faire moins d'éclats mais qui, en échange, nous a pété une bonne dizaine de carreaux. Fallait bien se faire la main.
L'ambiance devenait franchement lourde sur le chantier. Sa double semaine macarons-mortier dans les pattes, l'homme digérait mal l'affront. Morose à souhait, il ne décrochait plus un son.
Sentant que ma journée allait tourner en eau de boudin, j'ai empoigné celle-qui-me-dit-tout-sur-ce-monde-idiot et je m'en suis remise à Philippe Colin pour me distraire. Déchaînée par tant de verve, je me suis mise à rire, à chanter à gorge déployée et à raconter mille balivernes jusqu'au moment où le chef de chantier, la tête sonnée par mes bavardages, m'a sommée de cesser mes fantaisies d'un :
"Je vais te renvoyer !"
Vous pensez qu'après, j'ai filé doux. Pas question de perdre mon deuxième job alors même que je n'ai pas le premier.
A midi, pas un rectangle n'avait été planté dans le mur de droite et ça commençait à sentir l'échec à plein nez. Il s'agissait de redynamiser les troupes avec un un vrai menu de carreleur au long cours, pates-complètes-légumes.
L'après-midi a défilé et tout en suant sang et eau pour mettre en place les profils d'angles et assurer des coupes régulières, on a péniblement mais sûrement imbriqué les carreaux les uns dans les autres jusqu'aux trois-quarts du mur.
Quand le boss a enfin décrété la fermeture du chantier, j'ai attrapé une Miss Cocotine hallucinée, la cervelle dégoulinante de cartoons et avec l'homme douché et gominé, on est partis s'encanailler au Pékin, notre resto chinois préféré à Nantes.








