La première semaine où j'ai pris mes 5 gouttes, j'ai aussi rendu les armes. Ma conseillère me l'avait bien dit, à l'ANPE, en 2008 : "Il faut changer de secteur, sinon, vous allez vous épuiser."
La sagesse incarnée.
A l'époque, cela faisait deux ans que je cherchais un job. Plus tenace que têtue, j'avais préféré faire la sourde oreille tout en étant bien consciente que si mon ange gardien ne se remuait pas un peu le popotin, ces prédictions pourraient s'avérer exactes.
Trois ans supplémentaires et c'en était règlé de mon sort. J'étais bel et bien foutue, il fallait tout de même que j'accepte de regarder la vérité en face.
Passer de Ouest Job à Cap Territorial en furetant de temps à autre sur Pôle Emploi, tout en inondant mes sociétés préférées de candidatures spontanées vouées au panier,
ça ne pouvait plus durer.
Grosso modo et si mon burn out ne m'anéantissait pas, j'avais encore devant moi 20 belles années de labeur.
Et 20 ans, c'était très long. Pas question de moisir dans un quelconque placard ou de me forcer à travailler dans un domaine qui ne m'intéresse pas, sous prétexte que je n'ai soi-disant pas d'autre choix.
Alors ?
Alors fallait être pragmatique.
Quitte à recommencer depuis le début, autant tout effacer sur l'ardoise.
J'ai pris la fameuse liste des secteurs en demande soigneusement peaufinée par Pôle Emploi et je l'ai étudiée à la loupe dans un sens, puis dans l'autre, en me demandant comment j'allais bien pouvoir me métamorphoser en ambulancière, agent de sécurité, barmaid ou installatrice de panneaux solaires.
Et puis tout à coup, mon doigt s'est attardé sur un métier.
Mon coeur a sauté, ma circulation s'est emballée et mes yeux se sont mis à briller.
Coiffeur, boulanger ou croquemort, y'avait pas à tortiller, c'était par là qu'il fallait s'engager pour ne plus jamais avoir à fréquenter l'agence de Pôle Emploi, si pimpante et ensoleillée soit-elle. Et ça, crénom de nom, c'était mon voeu le plus cher.
Ni une ni deux, j'ai mené mon enquête sans rien dire à personne.
J'avais trop peur qu'on me rie au nez.
Petit à petit, j'ai pris un peu d'assurance et je me suis livrée aux uns, aux autres et un jour d'audace, à mon Léon, rarement prolixe concernant mon avenir professionnel, voire carrément cassant, du genre "Tu peux rien y faire, moi non plus, alors, c'est pas la peine d'en parler des heures.". Il m'a regardé en coin, certainement pour savoir si c'était du lard ou du cochon, et m'a juste dit : "T'as qu'à essayer, tu verras bien. Moi, j'ai fait ça pendant des années, je ne le referai plus à mon âge."
Exactement, je n'avais qu'à me lancer dans l'arène. J'ai dressé une liste de ceux chez qui je voulais faire mon EMT (Evaluation en Milieu de Travail). Le premier, le meilleur de Nantes à mes yeux, a gentiment refusé car trop sollicité, le second, plus près de chez moi, m'a écoutée et m'a dit :
Oui
Il est de petits oui qui sont d'immenses victoires.
En mai, je ferai donc ce qu'il me plaît. J'irai travailler une semaine de 4 heures à 11 heures sans être payée pour voir ce que fait un boulanger de ses nuits.
Faire du pain
C'est la dernière idée saugrenue que j'ai eue pour me sortir du pétrin.
Après la gestion de la paie, l'horticulture, la FPT, sera-t-elle la bonne cette fois ?
Rien n'est gagné de toute façon car à Nantes, il n'existe pas d'alternative à la formation dispensée via la Chambre de Métiers et que l'année dernière, un candidat sur deux seulement a été sélectionné pour la préparation au CAP.
Pour l'instant, j'en suis à me demander si je vais tenir le coup ou m'évanouir dans le fournil. Je me suis souvent démaquillée à 3 heures du mat' mais rarement maquillée !
En tout cas, une fois les papiers signés, mon Léon a vu que je ne plaisantais pas et du coup, il m'a promis de me prêter sa belle veste de chef, m'a ramené un pantalon blanc sur-dimensionné et va me chausser pour que j'évite de m'étaler dans la farine.
Vu la dégaine que je vais avoir, l'oeil de biche, c'est peut-être superflu, non ?
Une nouvelle expérience dont je ne manquerai pas de venir vous raconter les détails croustillants.
