Bien au chaud depuis des semaines dans ma vie onirique de boulangère chevronnée, j'avoue que j'ai beaucoup de mal à abandonner l'idée, saugrenue j'en conviens, de passer le reste de ma vie au fournil.
Alors, ce matin, j'ai téléphoné à mon idole, Franck Dépériers, MOF et heureux patron de La Petite Boulangerie de Saint-Félix à Nantes avec qui j'avais déjà eu quelques échanges. A 11h, il m'a très gentiment fait visiter son labo et m'a parlé de son parcours.
Lui, aucun doute, il aime le pain.
Et à l'écouter parler de son travail, j'avais sûrement des étoiles plein les yeux. C'est un boulanger passionné et heureux sont ceux qui peuvent y faire un saut chaque matin pour remplir leur cabas de merveilles. La qualité de ses ingrédients, les méthodes employées, la propreté des lieux et l'implication de ses collaborateurs font de lui quelqu'un de rare, surtout par les temps qui courent.
Cet entretien informel et tellement réjouissant m'a conforté dans ma vision des choses. Sans aucun doute, c'est auprès de quelqu'un comme lui qu'il faut apprendre ce métier qui est si dur que sans amour ni fantaisie, on tombe certainement vite dans une routine pénible et peu satisfaisante.
Mais l'excellence ne court pas les rues.
Et je sais donc que les possibilités qui s'offrent à moi sont très restreintes. A défaut de pouvoir aller vers les meilleures écoles de Paris (EBP et Ferrandi) et surtout l'INBP de Rouen qui m'a été conseillée entre toutes, pour des raisons évidentes de distance, de coût et même de délai d'attente, je n'ai pas d'autre solution que de postuler au CIFAM de Sainte-Luce pour préparer un CAP de boulanger en alternance. Il m'appartient donc de trouver un maître d'apprentissage qui m'accepte dans son fournil et c'est bien là que l'affaire se corse.
Pour avoir pris conseil auprès de boulangers qui aiment leur métier, j'ai rapidement compris que seule une infime partie d'entre eux serait susceptible de m'apporter ce que je cherche. A Nantes, le tour est vite fait et aucun ne loge près de mon satané bled. En plus, même si la formation est gratuite pour l'employeur car prise en charge par la région, peu de professionnels sont convaincus par le rythme imposé par la Chambre des Métiers qui est de 15 jours de travail par mois (et 15 jours à l'école). Ca peut se comprendre.
En second lieu, j'ai cherché à savoir si effectivement, c'était un métier en tension. Il se trouve qu'entre Pôle Emploi et les artisans que j'ai rencontrés, le son de cloche n'est pas du tout le même. Les meilleurs n'ont jamais de mal à recruter et je n'ai pas du tout l'intention d'aterrir dans la grande distribution ou chez un mauvais boulanger pour m'y ennuyer à crever.
Quant à reprendre une boulangerie ou en créer une, je sais, par expérience, qu'il vaut mieux avoir un compte bien garni pour affronter les banquiers, l'investissement, dans ce métier, étant en effet, extrèmement lourd.
Pour faire passer cette synthèse qui n'est évidemment pas à la hauteur de mes rêves les plus fous, devinez ce que j'ai fait ?
Je suis ressortie de La Petite Boulangerie avec deux pains au chocolat, un pain pistache-chocolat et un croissant...
et Miss Cocotine n'a eu qu'un pain au chocolat à 4 heures.
Quoi ?
Faut bien que je compense.
