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Le petit monde de Cocotine
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31 décembre 2008

Bonne année 2009 à tous...

Qui a jamais pu croire qu'un changement de date sur un stupide calendrier pouvait engendrer gloire délirante, amour démentiel et beauté éternelle ?

Certainement pas moi... Alors 2009, je me contenterai que vous la souhaiter douce et remplie de petites joies simples... Ca sera déjà pas mal, non ?

C'est pas tout ça, mais j'ai ma pintade farcie qui m'attend !

Merci à vous qui passez lire mon baratin et plein de bises virtuelles de Nouvel An !

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18 septembre 2009

Le grand manitou

Ca m'apprendra à vendre la peau de l'ours...  Mercredi matin, à peine mon verre de Muscadet rincé, le poignard invisible me ré-attaque sournoisement dans le dos. Rebelote. J'interroge illico la banque de données de mon généraliste qui préconise de s'en remettre au grand manitou : le, enfin, la pneumologue.

C'est ainsi que mon jeudi devient soudainement hyper busy. Piquée dès le matin pour vérification de ma sève, je passe une bonne partie de mon après-midi à inspirer-expirer-bouche-ouverte-nez-pincé-doucement-petit-chien-souffler-les-bougies. La jolie courbe détermine que j'ai le souffle un peu court et je me dis que je tiens là une excellente raison d'être une bille au footing.

Au final, j'obtiens enfin la clé de l'énigme en échange de mon chèque. Un homme aussi bizarre que moi et présentant les mêmes symptômes étant déjà passé par son cabinet, la pneumologue conclut par un  "C'est viral". Quant à réussir à rompre avec ma tradition des hivers dame-au-camélias, elle m'administre un traitement sensé redonner du peps à mon système respiratoire et faire en sorte que mes exercices de souffle de vie collent mieux à la courbe moyenne. J'ai sept mois pour me faire du poumon en béton.

Oui, sauf que... Pas de doute, il faut sauter le pas et poser la question qui tue : "Et pour la grippe A, je me fais vacciner ou pas ?" Ca tombe à pic. Elle me dit avoir assisté la veille à un congrès sur le sujet. Flairant l'info fraîche comme un maquereau à l'œil brillant, je me déchaîne et la bombarde gentiment de on-dit-que glanés ça et là. Professionnelle, elle calme le jeu d'entrée et me tient à peu près le discours de Marc Gentilini. Ce qui ne m'étonne pas. Ca paraît assez sensé.

Néanmoins et parce que rien n'est simple, j'ajoute "C'est sûr mais si on était à la place des hautes sphères, on ferait certainement la même chose." Elle acquiesce doucement en se demandant peut-être si je serais pas une fervente admiratrice de la bande à Rosy, et finit par me conseiller de miser tout sur la prudence en attendant de voir comment les choses évoluent avant de signer ou non pour la vaccination. La consigne numéro un étant d'éviter de trop fraterniser avec mes congénères. Là, je me dis qu'isolée-dans-mon-bled-et-au-chômage-jusqu'au-cou, je suis vraiment  au top de la prévention!

Pour fêter la fin du feuilleton intitulé

"Mais pourquoi donc

elle nous a fait une pleurésie, celle-là ?",

je vous invite à prendre le thé.

Oui, le thé. L'autre jour, avec le Muscadet, ça a trop dégénéré. Surtout avec les nantaises pure souche et complètement incontrôlables. De Dominique qui me réclamait à corps et à à cris des BNI (Biscuits Non Identifiés) appelés des mouzillons à Laurence qui hurlait en boucle qu'on "se tapait la fillette", je me suis retrouvée complètement débordée ! Tiens, d'ailleurs, pour vous deux, là, les dissipées, pas de thé, ça énerve. Une verveine !

Merci pour vos com'.

Take care.

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8 juin 2007

Dingue de Rufus !

Ce Rufus Wainwright, je me le passe en boucle ! Vous connaissez ? C'est pas nouveau. Il a déjà fait plusieurs albums.

Moi, je viens de le découvrir grâce à "En aparté" qui a passé "Going to a town" à la fin de son émission avec Jane Birkin le 4 juin.

Going To A Town

I’m going to a town that has already been burnt down,
I’m going to a place that has already been disgraced,
I’m gonna see some folks who have already been let down,
I’m so tired of America

I’m gonna make it up for all of the Sunday Times,
I’m gonna make it up for all of the nursery rhymes,
They never really seem to want to tell the truth,
I’m so tired of you, America

Making my own way home, ain’t gonna be alone,
I’ve got a life to lead, America
I’ve got a life to lead

Tell me, do you really think you go to hell for having loved,
Tell me, enough of thinking everything that you’ve done is good,
(I really need to know), after soaking the body of Jesus Christ in blood,
I’m so tired of America

(I really need to know),
I may just never see you again, or might as well,
You took advantage of a world that loved you well,
I’m going to a town that has already been burnt down,
I’m so tired of you, America

Making my own way home, ain’t gonna be alone,
I’ve got a life to lead, America
I’ve got a life to lead,
I got a soul to feed,
I got a dream to heed,

And that’s all I need,
Making my own way home, ain’t gonna be alone,
I’m going to a town,
That has already been burnt down

Ca fait partie de cet album qui est sorti récemment :

Allez sur son site. C'est ici !  Il est en concert à New York, Montréal, Toronto et Boston ! Cooooool ! Je prends le premier avion....

Vous venez avec moi ?

6 août 2007

Sébastien parmi les hommes

Quand j'étais petite, je regardais ça :

Ce feuilleton fut diffusé à partir de 1968 sur la 1ère chaîne de l'ORTF.

Réentendre la musique aujourd'hui m'a franchement remuée...

D'un coup, je me suis souvenue d'un autre feuilleton que j'adorais et en cherchant encore et encore sur le Net, j'ai retrouvé le titre : "L'âge heureux". Créé en 66 par Odette Joyeux, il passait également sur la 1ère chaîne. C'était l'histoire d'un petit rat de l'Opéra.

L_ge_heureux

9 juin 2008

Life can be so sweet...

Enfin, en ce moment, on pourrait en douter...  abreuvés que nous sommes d'informations négatives...

Même si beaucoup de choses sont vraies dans ce qu'on entend, on peut se demander si le martèlement est une bonne solution. Et je parie que M. Coué répondrait : "Certainement pas !" !

C'est qu'il faut en avoir de l'énergie pour ingurgiter tout ça en plus des petits ou gros soucis qui naviguent dans son propre univers !

Alors, moi, je me coupe peu à peu du monde. J'évite la radio, la télé. Pour survivre. Pour m'inventer mon "sunny side of the street", pour voir ma vie en rose, JE LUTTE !

Vous avez remarqué ? Ces derniers temps, je passe ma vie à regarder mes fleurs. Et je reviens aux choses essentielles : mon mari, ma fille... et puis, pour le reste, JE REVE, JE REVE, JE REVE...

Et vous, votre vie, vous arrivez à la repeindre en rose ?

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10 octobre 2008

Back to school

Quelle semaine ! Prévenue à la dernière minute, j'ai intégré une formation de gestion de la paie à l'AFPA lundi et il a fallu consacrer tout notre temps à la recherche d'un stage de 3 semaines en entreprise qu'on était censés dégoter avant ce soir...

Dans le monde de Oui-Oui, j'aurais choisi la boite de mes rêves, décroché mon téléphone, une voix adorable m'aurait accueillie avec le sourire et m'aurait immédiatement passé le ou la DRH qui, plein ou pleine d'enthousiasme, m'aurait dit de venir l'après-midi même pour signer ma convention de stage... 

Eh oui... Sauf que... ça ne s'est pas passé du tout comme ça, qu'on en a bien bavé toute la semaine, pendues à nos téléphones à essayer de trouver une âme charitable parmi les quelques centaines de sociétés sollicitées !

Vous l'avez donc compris, je n'ai pas eu beaucoup de temps à consacrer à mon blog et ce sera sans doute la même chose pour les semaines à venir... Ne m'en veuillez pas, je fais juste ce que je peux et très peu ce que je veux, le trio déco-brico-jardin étant relégué aux oubliettes !

Bref, le dernier marché mobile était peut-être mon dernier marché car je vais avoir plein d'autres chats à fouetter ! A voir...

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N'hésitez pas à aller chez Abricadabroc pour découvrir les créatrices !


Découvrez Dizzy Gillespie!

 

20 juin 2012

Le baratin du mercredi 20 juin 2012

Ce matin, à 8h12, cinq poils se languissaient dans ma baignoire.

Pas la peine de ricaner.

Car à la radio, j'ai entendu qu'en général, ce sont les femmes qui se précipitent chez leur avocat en criant au-secours-là-ça-va-plus-être-possible et que la raison majeure de leur infinie lassitude vient de négligences du quotidien qui s'apparentent finalement, dans leur esprit probablement étroit, à un manque de respect.

Et seules celles qui ont quitté définitivement les six, voire les dix-huit premiers mois de passion dévorante sur lesquels on parie sa fortune, et surtout sa vie, que l'homme charmant, prévenant et aimant qui nous regarde avec des yeux de merlant frit aura exactement la même fougue vingt ans plus tard et rebouchera son tube de dentifrice sans moufter, savent de quoi je parle.

Touchez-en un mot à Vanessa Paradis, je parie qu'elle a son avis sur ma théorie.

Mais revenons donc à mon mouton.

Parce que le domicile congujal figurait par hasard sur son planning entre Strasbourg et Aix-en-Provence - la vie est quand même bien faite -, Léon-le-prodige a déboulé à la maison hier soir à 21h06 pour me livrer son compte-rendu des deux jours écoulés dans la quiétude d'une bourgade alsacienne.

Comment vous dire ?

A chaque fois que je l'écoute, j'en viens à lui déclarer ma flamme d'un :

change pas, t'es ma mine d'or.

Car figurez-vous qu'après avoir mangé Miss Cocotine de bisous en lui répétant je-t'aime-ma-fille-d'amour et m'avoir rassuré d'un à-bientôt-ma-petite-femme, Léon est parti tout de crème vêtu en persiflant : "T'as vu, je suis très beige en ce moment et d'ailleurs, hier, je me suis baladé dans une BMW dont le cuir était assorti à ma tenue" - de l'autenthique, du pur, du grand Léon -, et ce,

pour une convention de commerciaux.

Et hier soir, alors que je me balançais dans une espèce de demi-hamac reçu en cadeau de ses ex-collègues éplorés - et qui fait mon bonheur depuis que je l'ai déhoussé et accroché au cerisier -, Léon m'a raconté qu'il avait appris que le fameux meeting avait fini en joyeux foutoir il y a quelques années car l'un des organisateurs, sûrement un boute-en-train, avait eu cette idée cocasse de servir aux protagonistes un verre de tord-boyaux qui leur avait sauvagement attaqué le cervelet.

Là, celles qui me connaissent bien ont déjà deviné que mon sourcil gauche a bondi au plus haut pour ne jamais réatterrir.

Et pour cause.

J'ai, moi aussi, fait partie d'équipes de vente débridées dans une vie préhistorique et je sais exactement vers quels instants de communion ce genre de grands moments de fraternité peut mener.

En refermant la porte à 8h34 sur un Léon hilare, je me suis demandée quand Pôle Emploi se déciderait enfin à m'inviter

à un séminaire de losers

pour me jeter un petit godet de gnôle derrière la cravatte et guincher jusqu'au bout de la nuit.

Une idée à vendre à Michel Sapin.

14 septembre 2012

Capituler ?

En 2008, alors que j'expliquais à ma conseillère ANPE que j'étais déterminée, malgré les embûches évidentes, à trouver un poste de gestionnaire commerciale, j'ai obtenu cette réponse teintée d'horreur :

Mais vous allez vous épuiser !

Quatre ans après, je suis bien obligée d'admettre qu'elle avait fichtrement raison.

Je suis rincée.

Quand en septembre 2005, je suis revenue de Chine avec mon petit bout de femme, j'ai filé à la crèche pour quémander une place : "Je cherche du travail, j'ai besoin de faire garder ma fille." et pour tout encouragement, je n'ai eu droit qu'à :

"Vous n'avez pas de travail,
vous n'êtes pas prioritaire."

Une fois rentrée chez moi, je me suis sentie prise au piège mais très obstinée, j'ai tout de même continué à examiner les offres à la loupe en cherchant celle qui pourrait me permettre d'avoir enfin ce deuxième salaire nécessaire sans abandonner ma fille.

D'autres y arrivaient bien,

pourquoi pas moi ?

Pourtant, au gré des humiliations rencontrées, j'ai assez vite capté que, si la chance ne toquait pas à ma porte, l'histoire risquait de s'éterniser.

Très clairement, cette enfant que j'avais attendue onze ans et qui était mon plus grand bonheur était considérée comme un handicap par des recruteurs qui n'avaient visiblement cure de mon parcours du combattant - et auprès desquels je me gardais bien de gémir, l'adoption étant, de surcroît, j'en avais bien conscience, perçue comme un nid à problèmes par quelques crétins - et qui me conseillaient de présenter ma petite fabrique de guirlandes sur mon CV afin "qu'on voie que vous avez fait autre chose". Autre chose

qu'élever un enfant.

Ecoeurée de l'image négative que ces gens qui étaient du bon côté du bureau me renvoyaient de mon désir de voir ma petite famille s'épanouir, j'ai plongé le nez sur ma machine à coudre en attendant que l'heure de l'entrée à l'école sonne.

Ce qui ne m'a jamais permis de gagner ma vie et n'a fait qu'allonger cette période d'inactivité non désirée.

Amèrement, j'ai fini par conclure que j'avais vécu l'arrivée de cette enfant dans de mauvaises conditions puisque, ayant été licenciée et courant à perdre haleine derrière la carrière de Léon, congé parental et autres avantages qui permettent de souffler un peu m'étaient allègremment passés sous le nez.

Je suffoquais sous la pression. La famille avait besoin de ce revenu supplémentaire et je n'étais pas capable de remplir ma mission.

Et l'horloge tournait.

Car face aux brimades du genre "A Nantes, les salaires sont bas. Vous n'aurez jamais plus du SMIC dans votre secteur." et "Les employeurs paient cher pour trouver un mouton à cinq pattes. Mieux vaut oublier les boites de recrutement." ou "Un temps partiel ? Vous n'y pensez pas. Commencez donc d'abord à temps plein et après, vous pourrez demander un temps partiel." ou encore "Avec un enfant et sans voiture, je ne sais pas ce que je peux faire pour vous.", je me liquéfiais un peu plus à chaque instant et voyais venir le jour où plus personne ne m'adresserait la parole car

je serais "trop vieille".

Aujourd'hui, après avoir exploré mille pistes et abaissé mes prétentions de salaire au SMIC, je ne vois pas bien ce que je pourrais encore inventer, à part

renoncer.

Et justement, ce matin, alors que, munie de mes cabas colorés, je filais remplir le caddie, voilà que Valérie Toranian s'est mise à bavarder sur la double journée des femmes (à écouter à 8:24).

Evidemment, mes antennes se sont déployées et j'ai appris qu'une certaine Anne-Marie Slaughter avait publié un article dans The Atlantic cet été qui avait déclenché une polémique :

Why Women Still Can’t Have It All

Ca m'a titillé et de fil en aiguille, en allant ICI et LA, j'ai compris que cette femme avait décidé de quitter un poste très haut placé auprès d'Hillary Clinton parce qu'elle ne parvenait pas à concilier vie professionnelle et vie familiale.

Si quelqu'un d'aussi gâté par la vie se met à lâcher le morceau, comment moi qui suis tombée tout en bas de l'échelle et qui suis loin d'avoir ses moyens, je pourrais encore prétendre aujourd'hui que trouver un poste qui me laisse la possibilité de m'occuper de ma fille est chose aisée ?

J'ai cru que je vaincrais toutes les contraintes qui m'étaient imposées : exil forcé en banlieue d'une ville de province en raison des prix exorbitants de l'immobilier, transports en commun rapides inexistants, refus d'accepter un petit à la halte-garderie plus de deux heures par semaine, rigidité de la mairie qui interdit de laisser un enfant plus de deux heures par jour au péri-scolaire, impossibilité d'assumer une assistante maternelle quand on gagne le SMIC ou moins, parce que très vite, on en vient à travailler pour rien, et brutalité d'un marché de l'emploi qui élimine les populations les plus faibles.

Alors, je n'écris pas dans The Atlantic et je ne fais pas de chronique sur France inter, mais aujourd'hui, sur mon blog à deux balles, je déclare :

It’s time to stop fooling myself.

J'ai mis toute mon énergie, pendant des années, pour essayer de gagner quelques centaines d'euros par mois tout en prenant soin de cette petite fille que je ne suis pas aller chercher à 10000 kms pour la planter dans d'autres bras et visiblement,

j'ai échoué.

Evidemment, j'ai bien imaginé me détendre et profiter de ses premières années en me disant que lorsqu'elle serait un peu plus grande, je retournerais attaquer le marché de l'emploi. Mais à 42 ans, je savais pertinnement que j'avais une épée de Damoclès au-dessus de la tête et qu'aucun recruteur ne me ferait de cadeau si je traînais trop dans les biberons.

Le plus blessant, finalement, c'est qu'à l'instar de mes ex-collèques de la FPT, certains se permettent de juger mon envie de retravailler par rapport à l'activité de mon mari et j'ai parfois entendu cette question pleine de sous-entendus que je trouve franchement déplacée et qui n'est jamais, d'ailleurs, posée à aucun homme :

"Mais t'as vraiment besoin de travailler ?"

Eh bien, oui, je ne suis pas Anne-Marie Slaughter, et moisir au SMIC dans un bureau pitoyable de la FPT, je l'ai fait pour gagner de l'argent, pas pour me faire plaisir.

Aujourd'hui, cette quête, qui me paraît pourtant légitime, est trop dure, et comme, surtout, elle m'apparaît vaine, je suis à deux doigts de

capituler,

ce qui m'évitera peut-être ulcère ou cancer.

Et pourquoi pas pour retrouver Léon qui, lui, n'a jamais changé son rythme de vie depuis sept ans qu'on a le grand bonheur d'être parents ?

Ce qui m'assurera une dépendance totale, une situation que j'ai toujours détestée et refusée pour plusieurs raisons tout à fait pertinentes à mes yeux.

En bonne vieille peau aigrie, je n'aurais plus, alors, qu'à continuer à baratiner sur

la ringardise absolue
de cette société française.

A 20 ans, je croyais pouvoir tout avoir. Avec les années, j'ai déchanté.

"Peut-être, pense-t-elle, le moment est-il venu de dire la vérité aux jeunes femmes qui sortent aujourd'hui, plus nombreuses encore que les hommes, des universités : non, vous ne pourrez pas tout avoir, pouvoir, amour, maternité et bonne conscience. On nous a menti. Vous devriez pouvoir tout avoir. Mais tant que la société sera, économiquement et socialement, organisée comme elle est, c'est-à-dire par les hommes, ce sera très difficile."

Sylvie Kauffman, Le Monde, retraçant les propos de Anne-Marie Slaughter

Tout ça me colle une migraine du diable et me donne juste envie de présenter cette requête à Bouddha : dans ma prochaine vie, je veux être un homme.

Assurer mes arrières, ça me semble sage, car je ne suis pas sure que les mentalités changent de sitôt.

17 mai 2012

Le baratin du 17 mai 2012

Sans doute à cause du bouleversement qui vient d'avoir lieu dans l'hexagone, je n'arrive plus à aligner deux mots depuis dix jours. Ce déversement de normalité après des années d'hyper-activité, ça m'a flanqué un coup au moral et quand j'ai vu notre ancien président prendre le tapis rouge dans le mauvais sens, j'ai presque failli chialer dans mon canapé usé.

La dépression post élections.

Et puis, lorsque j'ai constaté, ébahie, que celui qui descendait les Champs Elysées en C5 hybride était déterminé à mouiller sa chemise, j'ai finalement repris goût à la vie. Après tout, cette touche sobre, c'était pile poil ce dont je rêvais lorsque j'assistais, penaude, aux frasques des Morano-Besson-Lefebvre. La vie de la République était enfin redevenue

normale,

quoi de plus palpitant ? Totalement rassurée quant à la prochaine réussite de mon pays bien-aimé, j'ai replongé le nez dans mes 65 grammes de purée-jambon et-pas-plus-sinon-je-vomis, rapport à la tourista violente que j'ai attrapée dans le Morbihan et qui m'a collée une mine de papier mâché pendant deux jours.

Bercée par la certitude de n'être plus considérée comme un parasite de la société au vu du projet de suivi des demandeurs d'emploi récemment proposé par Pôle Emploi, je suis toutefois partie dans des spéculations sans fin. Après huit mois de bons et loyaux services dans la Fonction Publique Territoriale du double four* et compte-tenu de mes antécédents douteux estampillés très-longue-durée, dans quel clan allais-je être propulsée :

1 - les recasables puisque juste expulsés, gentiment décrits comme "proches du marché du travail et autonomes"",

2 - les moit'-moit', comme dirait Miss Cocotine, qui végètent un peu, mais pas trop, et qui ont donc "besoin d'avoir un appui régulier",

3 - ou les gros losers comme je l'étais il n'y a pas si longtemps et qui, eux, bénéficieront de "l'accompagnement renforcé".

Telle était la question que se posait la fille normale que je pensais être quand tout-à-coup, lundi soir, en passant derrière un Léon du genre fesses-scotchées-au-club-entre-20h-et-20h30 pour aller superviser un brossage de dents qui oscille encore entre douze secondes et douze minutes à huit ans et deux mois malgré un plan de formation bien verrouillé, j'ai capté cette phrase :

"Dès qu'on touche à ce qui est de l'ordre du commercial, c'est-à-dire faire prendre des vessies pour des lanternes - là, vu mon back-ground dans les milieux de la vente, j'ai mis mes oreilles en mode doberman-au-taquet - je me retrouve totalement inhibé, je ne sais pas faire. La relation avec les autres, elle doit être honnête, elle doit être franche, elle doit être profonde, elle doit être intense et dès qu'on est dans un autre registre... alors professionnellement, c'est une catastrophe."

Là, j'ai stoppé net. Ce type était mon clone et il fallait de suite en informer Léon d'un tu-vois-je-pense-exactement-comme-lui suivi d'un c'est-pour-ça-que-je-n'arrive-à-rien censé tout expliqué sur mon mal être récurrent et mes échecs permanents, et m'enquérir du sujet abordé d'un c'est-quoi-ce-truc-? que ledit Léon ponctua d'un

c'est sur les surdoués.

Concluant d'un ben-voilà-c'est-ça-mon-problème désabusé, j'ai grimpé mon escalier en me demandant ce que mes parents avaient bien pu coller dans le cocktail pour en arriver à me créditer d'un QI détecté par trois fois comme étant bien au-dessus de la moyenne, découverte à ce point glamour qu'elle m'a valu d'être ensuite regardée comme un alien rose à pois rouges avec LED intégrés par les découvreurs en question.

Et c'est mardi que cette histoire à deux balles est revenue sur le tapis. Mon toubib, à qui je venais juste demander du Tiorfan, s'est mis à tout me déballer sur l'une de ses patientes qui, à la suite d'un harcèlement personnel suivi d'un professionnel, a sombré dans la dépression pendant dix ans, et qui a remonté la pente brillamment après avoir découvert que son malaise venait du fait qu'elle avait un QI élevé. Et de conclure que, du coup, elle avait repris ses études et qu'elle était en passe de devenir juge.

A la pensée du bureau minable dans lequel je crève à petit feu depuis des mois, cette histoire, si positive soit-elle, m'a plombée, et je m'en suis voulu de n'avoir jamais eu, moi aussi, ce déclic insensé.

Le soir venu, sans conviction et pour alimenter la conversation, j'ai tout exposé à Léon, qui, saisissant à pleines mains la perche qui lui était lancée, m'a rétorqué :

Bon, alors, quand est-ce que

tu reprends tes études ?

Agacée par cette bouse ayant atterri sur mes plantes-bandes déjà bien crados, j'ai décidé de bouder, et toute seule dans mon coin, je suis partie en quête d'informations sur ces 2% de la population qui semblaient plutôt se débattre que d'exploiter pleinement ce cerveau conçu bizaremment.

J'ai alors découvert que ma zone frontale et ma zone pariétale avaient apparemment des problèmes de liaisons trop rapides et la gentille voix off de ce reportage diffusé lundi dernier sur France 2 m'a confirmé qu'un QI élevé n'était pas gage de réussite. Il était d'ailleurs annoncé qu'un tiers de cette population triomphait à l'école, un tiers naviguait dans la moyenne et l'autre était en échec.

Mais c'est bien plus la fin du reportage qui a perturbé ma bande de neurones dégingandés, car il était expliqué que certains gros QI souhaiteraient que leur handicap soient aujourd'hui reconnu.

Là, j'ai pris peur. Moi qui crèvais d'envie d'être hype, j'allais ainsi peut-être être tamponnée :

anormale

au moment même où le fait d'être normal devenait supra-hyper-mega tendance.

C'était vraiment trop injuste. Alors, j'ai continué mon enquête et au fond des archives de RTL, je suis tombée sur un témoignage rassurant : une fille qui en avait bavé toute sa vie en raison d'un cerveau au fonctionnement aussi insolite que le mien, et qui avait enfin trouvé sa voie en patinant des meubles.

Mon avenir s'est soudain illuminé. Après tout, patiner étant un art dans lequel j'excellais après des années de recherche d'emploi effrénée, j'allais enfin pouvoir annoncer à la terre entière, et surtout à Léon, que j'entreprenais une énième reconversion.

Le tout étant de ne pas tomber dans le cirage.

Bon week-end avec ou sans pont,

et merci mille fois

de m'accepter malgré mes tares.

30 octobre 2013

Le baratin du mercredi 30 octobre 2013

Je vous épargnerai les dernières remarques sexistes, racistes ou homophobes auxquelles j'ai encore été récemment confrontée dans ma collectivité à deux balles.

Mercredi dernier, lorsque le mot utilisé par les planteurs du XVIIIème pour désigner les esclaves - un coup à se demander si celui qui l'a prononcé ne descendrait pas des armateurs qui ont bâti leur fortune sur le commerce triangulaire - a heurté mon oreille gauche, j'ai senti que l'intégrité de mon intellect était gravement menacée.

J'ai attrapé mon mug frappé d'un freedom illusoire et me suis retirée de la scène.

Heureusement, à force d'errer dans les couloirs en me répétant que-diable-suis-je-venue-faire-dans-cette-galère, j'ai atterri dans le bureau d'une collègue qui, en deux temps trois mouvements, m'a expliqué qu'elle était tout aussi désespérée que moi par la médiocrité de ces propos banalisés.

Ca m'a requinquée.

Un peu plus tard, c'est au rez-de-chaussée que j'ai dégoté un autre allié pour déblatérer sur

la beaufitude ambiante.

En refermant sa porte, j'avais à nouveau foi en l'homme.

Moi qui ruminais sec depuis cet épisode pathétique de ma rentrée 2013, voilà que je m'étais trouvé des compagnons d'infortune capables de prendre position au lieu de ricaner bêtement lorsque tel ou tel petit coq se mettait à plastronner.

Du coup, j'ai un peu moins mal au ventre quand je saute dans ma décapotable pour aller badger.

Un semblant de résistance serait-il en marche ?

En attendant de trouver une forme de réponse à cette question d'envergure,

moi, gyno-sapiens écoeurée,

je rêve secrètement de projeter cet épisode de Silex and the city à cette bande de macho décérébrés.

7 octobre 2013

Le baratin du lundi 7 octobre 2013

Depuis que je me cramponne au bas de l’échelle de la FPT du double-four, je n’ai plus aucune minute à consacrer à ma déprime récurrente.

Fière de ma victoire sur moi-même après 7 ans d’errance à Pôle Emploi, j’ai fait ma prétentieuse et l’ai flanquée derechef aux oubliettes pour jouir pleinement de ma nouvelle vie de stagiaire.

Mis à part quelques petits loupés dus à des pointes d'extra-lucidité forcément néfastes, je me suis niée et pliée en ignorant les propos gras qui traînaient ça et là. J’ai refoulé les mais-qu’est-ce-que-je-fous-là et les comment-j’ai-pu-tomber-si-bas en tapant, photocopiant et scannant plus vite que mon ombre.

D'efforts en renoncements, j'ai atteint mon but : me faire accepter par le groupe.

Soûlée par un quotidien avilissant et terrassée par l’ennui ambiant, j’ai fini par m'endormir tous les soirs sur le canapé, à l'aise dans ma peau de surdouée

totalement sous douée.

Et ma vie a défilé, merveilleusement affligeante.

Jusqu’au jour où, après nous avoir obligés à empaqueter des dizaines de dossiers et à les déballer au milieu d'un chantier digne de ceux de Valérie Damidot, ma collectivité a inauguré ses nouveaux locaux en grande pompe.

C’était un samedi matin, le ciel était dégagé et mon dos bloqué.

Toute à ma joie de participer à ce happening incontournable, j'arborais le moins sincère des sourires quand, devant d’autres participants, l’un de mes collègues a cru bon de m’interpeller d’un :

« Y’a un élu qui cherche les toilettes ! Tu veux pas y aller ? Il a besoin de quelqu’un pour lui tenir ! »

Et c'est là qu'elle est revenue me frapper en pleine figure.

Ma dépression existentielle.

En un quart de seconde, mon humeur a viré et mes neurones, jusque-là savamment maîtrisés, se sont déchaînés.

Depuis ce jour d’exception, je suis aussi blue que Jasmine.

Cerise sur le gâteau, le semaine suivante, alors que je branchais une prise électrique, l’un de ses acolytes, 26 ans et toutes ses dents, a fait irruption dans mon espace en m’apostrophant d’un :

« T’es déjà sous le bureau à cette heure-ci ?! »

Dés-intégrée par tant de stupidité, je suis entrée dans une période illimitée de misanthropie et j'erre désormais dans les couloirs en évitant de chercher un sens à ma vie.

La passer à s'auto-censurer au milieu d'énergumènes qui ne maîtrisent pas le présent du subjonctif , c'était déjà consternant, mais là, c'est devenu accablant.

Pourvu que je ne finisse pas sur un banc à parler toute seule.

11 juin 2012

Le baratin du lundi 11 juin 2012

Rien de tel pour redynamiser son couple que de vivre à 300 kilomètres l'un de l'autre. La semaine a passé sans anicroches et Léon-le-garçon a réintégré le caravensérail conjugal vendredi soir avec sa Samsonite élimée et son duvet à laver en déclamant :

Vous m'avez manqué !

Une boite de Rennie pour désintégrer le noyau de colère qui continuait à bouillonner en moi et j'étais tout ouie pour écouter ses aventures extravagantes, les ponctuer d'onomatopées retentissantes et poser quelques questions intelligentes.

La femme parfaite.

Jusqu'à ce que Léon, dans un élan d'enthousiasme, nous intime l'ordre de nous asseoir dans le canapé usé pour visionner le-film-sur-la-société-où-Papa-travaille-maintenant et dans lequel, en bon zèbre qui se respecte, je n'ai vu que sympathique propagande.

Tout à sa joie d'être l'un des nouveaux maillons de cette chaîne fantastique et immergé dans le tout-nouveau-tout-beau, Léon ne s'aperçut pas un instant de la portée de la phrase qu'il allait me coller dans le dentier :

Tu vois, j'ai bien fait d'y aller.

Là, mes deux hémisphères se sont téléscopés et j'ai marqué un temps d'arrêt.

Pourquoi diantre avais-je été assez cruche pour ne pas, moi aussi, chercher un job faramineux à plusieurs centaines de bornes de chez moi, en 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011 et 2012, tout en jurant à Miss Cocotine et à son père que c'était vraiment trop dur, de vivre sans eux ?

Avant même que je ne trouve une réponse décente à cette question fumante, Léon est reparti avec son nouveau chameau.

Le plexus en lambeaux, j'ai repris le chemin de ma collectivité à deux balles où depuis que le psychopathe qui loge dans mon bureau m'a aboyé toute sa haine, j'entrevois enfin que ce concours est sans doute une erreur d'aiguillage et que, s'il est question de moisir d'ennui avec des crétins pareils, autant me laisser mourir tranquillement dans l'étroitesse de ma-panoplie-fripée-de-MAF-totalement-dévouée-à-Léon-et-à-ses-ambitions.

Y'a pas un proverbe arabe qui dit : Dans la peine, ne demandez pas conseil à celui qui est heureux ?

Surtout s'il court de l'Ibis de Massy-Palaiseau à celui de Strasbourg.

Moi aussi, ce soir, j'ai comme-qui-dirait une envie d'évasion. Justement, la Lufthansa, que je n'ai pas sonnée d'ailleurs - pas plus que tous ceux qui viennent par dizaines polluer ma boite mails - m'informe que je n'ai " Plus que 2 jours pour des places supplémentaires à destination de Berlin à 49 euros*".

Berlin, ça me changerait du bled, non ?

10 mars 2012

Les 11 questions de Céleste

Je ne sais pas ce qui lui a pris, à Céleste, le 21 février. Soudainement, elle a ouvert ses volets rouges et s'est mise à me cribler de questions. Depuis, je n'en finis plus de chercher des réponses. J'ai même planché hier après-midi, au bureau, entre deux pages d'écriture assommantes.

1 Un super pouvoir ?

Aucun, les fées étaient en RTT le jour de ma naissance. J'ai beau remuer le bout du nez, le balai ne décolle pas et le plumeau reste accroché à la patère. C'est mon drame, d'être une grosse moldu.

2 Une phrase que tu n'as jamais osé dire ? 

Mais ils me pompent l'air, tous ces abrutis, à me coller dans la case "PERIMES". Ils n'ont pas vu mes Converse ou quoi ? JE NE SUIS PAS VIEILLE.

3 Une grosse honte ? 

En être encore à du job alimentaire et précaire à mon âge, mais paraît que c'est tendance. 

4 Un tic de langage qui t'exaspère ? 

"être rendu" dans Ben, on n'est pas rendu ! Alors, j'en suis rendu où ? ou Regarde où il en est rendu.

5 Un gros mot ?

Pauv'naze.

6 Une réplique de film ? 

Allez, deux, pour le plaisir :

Non mais regarde-moi le mignon avec sa face d'alcoolique et sa viande grise, avec du mou partout, du mou, du mou, rien que du mou ! Dis donc, tu ne vas pas changer de gueule, un jour ? Et l'autre, la rombière, la guenon gélatine et Saindoux. Trois mentons et les nichons qui dévalent sur la brioche... cinquante ans chacun, cent ans pour le lot... Cent ans de conneries.  

Gabin - La traversée de Paris 

Jacquart le gueux ! Où sont les veaux, les rôtis, les saucisses ? Où sont les fèves, les pâtés de cerf ? Qu'on ripaille à plein ventre pour oublier cette injustice ! Y'a pas quelques soissons avec de la bonne choivre ? Un porcelet, une chèvre rotie ? Quelques cignes blancs bien poivrés ? Ces amuse-bouches m'ont mis en appétit !

Jean Reno - Les visiteurs

7 Une technique de drague vraiment zarbi ? 

Léon qui pointe son nez en me balançant : "T'as pas fait le repassage ?", on peut appeler ça une technique de drague ? En tout cas, moi, je trouve ça zarbi.

8 Une destination de rêve ? 

Une thalasso spéciale dos.

9 Ton pseudo de hardeur/se (ton deuxième prénom + le nom de ton premier animal de compagnie) ? 

Marcelle le poisson rouge. Ca craint, non, pour une éventuelle reconversion ?

10 Cigale ou fourmi ? 

Fourmi ici parce que c'est la vraie vie et que je cours après un CDI, cigale à Londres ou Paris parce que ça détend, d'oublier la fourmi.

11 Ton idéal masculin / féminin ?

Masculin, féminin, personne, la vie s'est chargée de me bloquer la boite à rêves. Mais bon, je suis quand même secrètement amoureuse de  Gérard Lanvin, Bruno Wolkowitch, Yvan Attal, Georges Clooney, Hugh Grant et j'en oublie.

Je passe le flambeau à qui veut bien l'attraper et merci, Céleste, d'avoir pensé à moi.

5 février 2012

Le baratin du dimanche 5 février 2012

A vrai dire, je termine cette semaine dans un état proche de l'Ohio et vendredi, j'ai bien cru que j'allais rendre mon tablier de lauréate-de-concours-humiliée à cette bande d'ostrogots égocentriques et cyniques pour qui je gratte toute la journée sans la moindre satisfaction intellectuelle. Car, à des années lumière de la Silicon Valley, c'est à la main que je remplis bravement leurs dossiers depuis trois mois et ces pratiques des années 60 me remplissent à ce point d'allégresse que je me demande comment je vais bien pouvoir honorer la seconde partie de mon contrat sans avaler mon demi comprimé occasionnel tous les soirs.

Jamais je n'ai tant rêvé de voir le 30 avril arrivé. D'ailleurs, l'un de mes passe-temps favoris, c'est de cocher les jours sur le calendrier. Furieusement. En me motivant secrètement et avec tendresse par un grosse-nulle-t'es-engluée-dans-la-vase-trouve-le-moyen-d'en-sortir-ça-urge.

Et franchement, ce n'est pas le regard hébété de ma copine Nadine, rencontrée hier avec bonheur à la bibliothèque, qui pourrait m'aider à dédramatiser, ni sa conclusion aussi drôle que dramatique : "Bon, ben, tu peux rien faire. Y'a plus qu'à attendre."

Evidemment, si Léon et ses grandes ambitions n'étaient pas venues flanquer ma petite vie de chercheuse-d'emploi-peut-être-pas-pour-l'éternité-faut-y-croire en l'air entre les fêtes, j'aurais peut-être attaquer l'année 2012 avec davantage d'enthousiasme.

Figurez-vous qu'alors que je prospecte depuis sept ans sans autres perspectives que de me faire éjecter, lui, de son côté, vient de se faire chasser par un recruteur sans l'avoir cherché et surtout sans que sa vie professionnelle actuelle ne soit menacée. Pour être totalement honnête, je ne le vis pas bien. Car au moment où mon temps est compté pour faire valoir mon concours, il est à deux doigts de m'imposer un 13ème déménagement en 19 ans, ce qui fait, en moyenne, selon mes calculs savants, un tous les 1,46 an.

Ce qui me paraît assez désopilant, vu que je viens juste de poser les pinceaux après 6 ans d'abonnement à Brico Dépôt et que la maison étant désormais coquette, à mon sens, il est grand temps de passer à autre chose et profiter un peu de la vie.

Et si c'était pour tailler la route vers le sud, je serais moins amère, mais en réalité, c'est pour échouer dans un bled encore plus paumé que le mien situé si loin de Tours et d'Orléans que cela ne laisse aucune chance d'habiter en ville, ce qui m'a instantanément poussée à interroger Léon d'un tu-testes-ma-résistance-au-suicide-là, et qui, ironie du sort, s'appelle

Contres.

Et là, inévitablement, vous vous dites : "Elle en rajoute."

Même pas.

C'est juste pour recadrer le paysage. Au cas où vous fantasmeriez un peu trop sur les charentaises. En réalité, pour mes 15 ans de mariage, j'ai droit à cette question étrange mais néanmoins cocasse :

Es-tu pour pour aller à Contres ?

Enfin, ça, c'est pour la formule, car dans la vraie vie, c'est plutôt "Soit on déménage, soit je prends un appartement là-bas et je rentre le week-end", avant de conclure par un de-toute-façon-c'est-pas-fait.

Vous savez quoi ?

La qui-suit, elle n'a plus d'écrous.

D'insomnies en réflexions épuisantes, je m'en veux énormément de n'avoir pas persévéré dans ma lecture entreprise en juillet. Peut-être aurais aujourd'hui les clés pour affronter ce nouvel épisode de ma vie trop mouvementée et trop tourmentée.

Car lorsque Léon fonce tête baissée vers ce qu'il conçoit comme étant la réussite, et que, par ailleurs, il se plaît à rester enferré dans un quotidien qui me barbe, de mon côté, je veux vivre ma vie comme un roman et surnage dans un état de rêverie perpétuelle. Ma copine Nadine a mouillé sa chemise pour me rassurer en m'assurant que son comportement était typiquement masculin et du coup, je me dis que la solution ultime, ça pourrait être de le quitter pour une femme, histoire de changer de scénario après 31 ans passés à essayer de fraterniser avec les hommes. Ce qui me permettrait, en plus, d'aller en faire toute une histoire chez Sophie Davant et d'avoir enfin mon heure de gloire, avantage non négligeable.

Justement et heureusement, au milieu de ce marasme, la téloche est là pour pimenter mes soirées somme toute assez fades. Et d'ailleurs, dimanche dernier, j'ai assisté au show de mon-PDPA-bien-aimé et ça m'a complètement requinquée. Depuis, je suis à fond les ballons.

Ein, zwei, drei,

à peine le rideau rouge tombé, j'ai sauté dans un joli costume de bavaroise et depuis, c'est choucroute et pumpernickel matin, midi et soir. J'ai repris ma vieille méthode 90 d'allemand et comme c'était ma deuxième langue au lycée, je devrais revenir au guttural sans beaucoup d'efforts. Personne ne saura jamais que j'ai eu mon Bac du premier coup, juste pour échapper au commentaire oral de textes bourrés de mots truffés de consonnes.

Sérieusement, c'est stimulant, d'avoir un modèle. Après les Etas-Unis et l'Angleterre, c'est désormais l'Allemagne qui nous est proposée. Quelle bévue de partir bientôt à Londres. Si j'avais su, j'aurais réservé une croisière sur le Rhin ou je serais partie m'encanailler à Berlin, juste pour être raccord avec la tendance.

Tiens, pour me racheter, j'organiserais bien une petite fête de la bière au bled, moi.

J'y inviterais ma copine Nadine et il y a fort à parier qu'à son analyse "Bon, ben, tu peux rien faire. Y'a plus qu'à attendre.", elle ajouterait :

Pense plus, noie-toi dans la mousse !

Et vous imaginez bien que je suivrais religieusement ses conseils.

Bon week-end à tous

et n'oubliez surtout pas d'être heureux

envers et contre tout et tous !

3 mai 2010

Crapules ou pas ?

Autant être honnête avec vous. Les potins de notre douce France en cette semaine 17 de l'an 2010 ne m'ont fait ni chaud ni froid.

Les divagations du duo pathétique Brice-Lies m'ont fait grimacer d'horreur tant le premier s'est empêtré dans cet imbroglio et l'autre s'est fourvoyé dans la conjugaison du verbe déchoir. Quant à cette nouvelle intrigue politico-financière menaçant un ancien premier ministre et mon-PDPA*-préféré, j'attends avec impatience que les protagonistes fassent surface pour savourer tout le piment de l'histoire.

Au bout du compte, vu de ma lucarne, il m'est apparu que la chose la plus sage à faire, c'était d'envoyer toute cette jolie bande se faire voir chez les grecs.

Car dans mon tout petit monde s'est tramée une affaire autrement plus importante. Sortie de la semaine 16 un tantinet épuisée par les crises capricieuses et théâtrales de Miss Cocotine, il était temps de réunir les hautes instances pour décider du sort de la gamine rebelle. Le verdict est tombé : punie de Schtroumpfs pendant une semaine. Une idée de l'homme. Pour une fois que je ne passais pas pour la vilaine qui scande "Pas de légumes, pas de bonbons !" et lui pour le héros rentrant, tard certes, mais les mains remplies de macarons, de glaces ou de chocolat, c'était toujours bon à prendre.

La petite brunette rappelée à l'ordre s'est ainsi tenue infiniment tranquille en début de semaine. Puis mercredi après-midi, alors que je jouais des aiguilles en la regardant essayer de caler son chien en peluche à califourchon sur le guidon de son vélo, elle partit soudain d'un coup de pédale et m'envoya un cinglant : "Je vais chercher mes parents.", ajoutant "Mais c'est pour de faux Maman !"

Visiblement, la petite crapule parvenait à aligner les mots parfaitement bien quand il s'agissait de me piquer au vif. Le centimètre de plus en un mois se faisait sentir. Il fallait prendre le taureau par les cornes et pourtant, c'est exactement l'inverse qui s'est produit. Le regard fuyant, j'ai reçu l'estocade sans riposter

Assez secouée et revoyant toute la saga de son adoption défiler, j'ai gardé ça en magasin et dans la série faut-savoir-déléguer-quand-on-n'est-plus-à-la-hauteur, c'est son orthophoniste qui lui a répondu un peu plus tard à ma place : "Les parents, on ne peut pas en changer, c'est comme ça." Brave comme tout, elle m'a ensuite si bien décortiqué le phénomène d'un "Elle sait où ça fait mal." que je suis sortie de son cabinet regonflée partiellement.

Quelques jours après, ma copine Nadine avec qui j'adore refaire le monde de temps en temps au coin de la rue, m'a réconfortée de plus belle. Avec trois filles, à mes yeux, c'est comme-qui-dirait une boule d'expérience. "C'est l'âge !", elle m'a assuré. Ce qui m'a redonné un peps du diable.

C'était clair, la morpionne, elle allait voir de quel bois je me chauffais.

Du coup, en fin de semaine, alors que bien installée au restaurant et pleine d'insouciance, notre Miss Cocotine se gavait de frites croustillantes en dessinant des hippopotames, l'homme et moi, on lui a dit : "Alors, tu veux toujours changer de parents ?"

Devinez la réponse...

Bonne semaine à tous !

* Pour les distraits, les petits nouveaux et les amnésiques, PDPA signifie Président Du Pouvoir d'Achat.

3 mai 2009

Le vide-grenier

Vendredi matin, quand j'ai émergé, l'homme était déjà en plein boom, le fer à la main, la mâchoire crispée. Miss Cocotine avait pété une pampille en faisant voler son chien. J'ai avalé mon Saint-James sans moufter avec le lave-vaisselle en bruit de fond. M. Cocotine est un hyper-actif du matin qui ne sait pas ce que "grasse matinée" veut dire et je l'ai épousé pour le meilleur et pour le pire. Certains jours, je m'en mords les doigts. Bref, quand il m'a dit : "Y'a un vide-grenier... On ya va ?", j'ai obtempéré.

Alors, le vide-grenier, c'est un truc que tu peux aborder de deux manières :

1er cas de figure
Ca tombe bien, aujourd'hui, tu vois la vie en rose bonbon et t'as même saluer cette vieille garce de voisine qui te pompe l'air avec son chat. T'arrive sur le lieu du crime toute guillerette. Tu t'es levée à 7h un 1er mai mais c'est pas grave. Il faut être pro, sinon, on rate les meilleurs coups. Tu frétilles, tu scrutes, tu t'extasies sur tout. Il suffit d'une tasse Mobil pour que tu te revoies à l'arrière de la 504 quand ta mère implorait ton père de faire le plein pour compléter sa collec' et le 45 T d'Hotel California te ferait fondre en larmes parce que c'est là-dessus que t'as roulé ta première pelle... Tu échappes de justesse au torride seau d'aisance à 3 € qui te tend les bras... "Et si on mettait de la lavande dedans ?" Le regard de l'homme suffit à te remettre dans le droit chemin. Pas grave, t'as déjà bien fouiné et t'as déniché 3 trucs à 0,40 € que t'as baptisés "trésors". Tu peux rentrer chez toi. T'es heureuse. Le vide-grenier, ça déchire.

2ème cas de figure
On t'as gonflé dès ton réveil. Le premier qui t'adresse la parole, tu lui tires la langue. Le temps est comme ton humeur, gris voire noir foncé, et tous ces cakes qui rentreraient presque dans la cour de l'école en bagnole pour un banal vide-grenier, déjà, ça te dépasse. Faut dire que tu déboules là à 11h30 alors que la foule, tu supportes pas. Tu réussis quand même à te traîner de stand en stand mais la concentration de tant d'horreurs au m2, ça ferait presque revenir ton p'tit déj'. Tu bougonnes, tu ronchonnes, t'en fumes des oreilles. Ta gamine t'arrache le bras pour reluquer un jeu 1er âge décoloré et poussiéreux. Le vendeur sent qu'il a ferré le poisson et clame "Tout à 1€, Madame !" Là, tu le regardes avec une mine déconfite et tu murmures "D'accord, c'est bien." C'est tout ce que t'as trouvé de politiquement correct. En réalité, tu crèves d'envie de lui balourder : "Alors, voyons voir, j'hésite entre la Barbie borgne en string paillettes et la paire de pompes que votre môme a ravagée... Ou peut-être le tableau-clous-et-fils-tendus-en-forme-de-poisson-sur-fond-noir..." Mais bon, tu te retiens, t'es bien élevée. C'était limite, il est grand temps de prendre une sage décision. T'attrapes tout ton p'tit monde et tu te barres en vitesse avant que ça dégénère en pugilat. Evidemment, t'as rien acheté. Le seul truc qui peut te consoler, c'est que t'as encore ton gros billet de 10 € dans ton porte-monnaie.

Devinez dans quel cas de figure j'étais vendredi matin ?

19 mai 2009

Question pognon

Il fut un temps où j'étais dingue de Question Maison. C'était à l'époque où j'étais persuadée que tout le monde, il était gentil, tout le monde, il est Thébaut et où je cherchais le bonheur dans "Ne vous noyez pas dans un verre d'eau", coincée entre le chapitre 24 "Trouvez chaque jour quelqu'un à remercier" et le 25 "Souriez à un inconnu et dites-lui bonjour en le regardant dans les yeux".

Oui, mais voilà, toutes les bonnes choses ont une fin et ça fait belle lurette que j'ai compris que pour accorder du crédit à ces sornettes, faut aussi croire en Dieu. C'est clairement dit page 75 : "Vous voulez peut-être aussi rendre grâce à Dieu ou à la puissance supérieure qui vous a fait naître et jouir de la beauté du monde." Le souci, c'est que moi, j'ai toujours été mauvaise élève au cathé et que je suis du genre OSS 117 : "C'est pas que je crois pas en Dieu. C'est lui qui croit pas en moi."

Depuis quelques mois, je ne regarde plus Stéphane comme un gourou, mais en dilettante. Vu mon humeur de pitbull (quoi ?... me dites pas que vous avez pas remarqué...), faut pas essayer de me faire avaler des couleuvres et c'est plutôt encaustiquée que je m'installe dans mon fauteuil.

Alors, dans la première partie de l'émission, en général, c'est dans 400 m2 habitables, 1500 m2 de jardin, que l'archi des proprio, super-hyper-débordés-et-toujours-entre-New-York-et-Hong-Kong, nous explique que le dressing de 26 m2 a été conçu entre la salle de bain de Monsieur et la salle de bain de Madame en ponctuant toutes ses phrases par un assommant "C'est un parti pris".

Dans la deuxième partie, t'as la bobo qu'a tout quitté sur un coup de tête pour repartir à zéro au fond de la Corrèze. Accessoirement, on t'explique qu'elle avait un super job dans la com' à Paris et que sa maison d'accueil à la campagne, c'est ses parents qui lui ont filée. Mais comme t'es brave, tu compatis quand même quand on te dit qu'elle était trop malheureuse dans son appart de Saint-Germain-des-Prés et que son ultime désir, c'était de vivre de son art. Maintenant, c'est l'épanouissement absolu. Elle colle des bouts de mosaïques toute la journée.

Enfin, dans la dernière partie, t'as un humain qui te ressemble, une pauvrette qui vit dans 47 m2 et qui s'en remet corps et âme à Philippe Demougeot pour créer une cuisine toute équipée dans son entrée de 3 m2, après avoir popoté des mois sur un Camping Gaz flanqué sur la commode du salon. En deux coups de crayon, il lui dessine le bonheur et les travaux sont exécutés devant tes yeux ébahis par un seul artisan en 1 minute et quarante secondes. Pour conclure, on te renvoie la proprio transformée qui, radieuse et recoiffée, nous fait visiter son nouveau palace en concluant par un "Merci Question Maison".

Le générique défile et je me demande comment je peux être aussi cruche pour avoir un dressing minable de 0,50 m2, pourquoi j'ai jamais réussi à vivre de mes guirlandes dans le 44 alors que j'ai foutu ma vie en l'air 5 fois avec l'espoir débile que la suite serait plus réjouissante, par quel mystère j'ai toujours pas transformé ma salle d'eau de 4 m2 en salle de bain luxueuse alors que j'ai tous les artisans du coin qui sont à mes pieds et qui m'envoient des devis de 1500 à 3000 € à additionner...et surtout, pourquoi "Question Maison" ne veut pas venir chez moi alors que je leur ai déjà envoyé trois SOS !

Je vais me coucher en aboyant. La nuit me portera forcément conseil, pauvre pomme que je suis !

15 septembre 2011

Le Canard m'aide à vivre

Vous avez lu Télé 7 jours ?

Pas moi, mais je sais que ce soir, à 20h35 pile poil, je m'affale dans mon tas de plumes à l'accoudoir rapé avec un plateau chips-reste-de-tarte-aux-prunes à faire blêmir le nutritionniste le plus tolérant.

J'ai rendez-vous avec David.

J'en vois déjà au fond de la classe qui délient leurs langues de vipères en conluant trop rapidement que mon Léon a des cornes qui ne passent plus les portes. Sérieusement, elles se méprennent. Si c'était le cas, mon menu serait nettement moins ignoble : 60-grammes-de-poisson-vapeur-un-fagot-de-haricots-et-rentre-ton-ventre-ma-vieille-il-te regarde.

David ne sera pas sur mon canapé usé mais dans ma télé.

Et pas seul.

C'est le moment où jamais pour tout bon français qui se respecte de se faire une opinion sur le candidat qui sera le plus susceptible de remplacer celui-qui-n'aurait-pas-dû-faire-ce-qu'il-a-fait, qui lui-même était pressenti pour écraser lamentablement mon-PDPA-bien-aimé, le pauvre.

Ca va saigner.

Et moi, je vais me délecter. Qui pourrait bien reprendre le flambeau de celui-qui-va-bientôt-essayer-de-nous-endormir-avec-du-carnet-rose-mais-sans-en-avoir-l'air pour moraliser le capitalisme, promesse faite et somme toute moyennement tenue.

A ce propos, cette semaine, c'est Panique ta mère qui m'a le plus plu dans le Canard. La chute est irrésistible. Vous pourrez, si vous avez de bons yeux, le lire sur le site du Canard Enchaîné mais je vous conseille plutôt de courir au kiosque.

Et accessoirement, faites comme la-jolie-petite-dame-vue-chez-Thomas-dimanche-soir, dépêchez-vous d'acheter de l'or. Car sans le savoir davantage que ce-gentil-monsieur-vu-au-même-endroit, si vous avez une assurance-vie, vous figurez sûrement parmi les créanciers de la Grèce et de l'Italie.

Ce Thomas, il m'a ouvert les yeux.

Et depuis que je sais tout ça, j'ai compris que ce n'était pas demain la veille que j'allais m'acheter un nouveau divan, moi. Mon Léon aussi sûrement, qui me réclame de crocheter des cache-misère à flanquer sur le repose-bras honteux alors qu'il s'est méchamment gaussé de ma galette de tabouret il y a peu de temps.

Un tantinet audacieux, mon Léon.

Franchement, sans tous ces hommes qui viennent éclairer ma vie, qu'est-ce-que je deviendrais ?

7 février 2013

Le baratin du jeudi 7 février 2013

Trois mois bientôt que je me dévoue corps et âme pour la FPT du double-four tout en jouant à la famille mono-parentale quatre, cinq, six ou sept jours par semaine, selon le planning courant d'air de Léon-le-garçon.

J'ai pris dix ans dans les dents.

Côté boulot, mes GC (Gentils Collègues) ont perdu de leur panache le jour où, à 12h38, l'un d'entre eux a cru bon de me refourguer quelques petites anecdotes bien croustillantes sur la vie cachée de la collectivité. Tant et si bien que j'ai failli m'étouffer avec mes tortellini con prosciutto e formaggio.

C'en était cuit de ma période de félicité. Il fallait se rendre à l'évidence : tout le monde il n'était pas si beau que ça, tout le monde il n'était pas si gentil que ça.

Moi qui, ces derniers temps, avais fait mille efforts pour croire que l'humain était fondamentalement bon, j'en étais réduite à devoir me méfier de mon prochain et à jauger les uns et les autres pour les classer dans les cases ami potentiel/ ennemi probable.

Là-dessus, et sans aucune relation de cause à effet, mon GB (Gentil Boss) m'a convoquée pour m'expliquer que le public n'étant pas le privé, il fallait que je ralentisse la cadence de mes envies et que je fasse preuve de patience.

Autant dire que le bon zèbre que je suis s'est mis à gamberger, à douter, à extrapoler, puis il a décidé que, vu que son grand âge l'avait écarté du marché de l'emploi, il n'avait pas d'autre choix que de freiner des quatre sabots en regardant ses GC évoluer. Ou pas.

C'est comme ça que, les jours défilant lentement, le mot "ennui" est revenu s'abattre sur mes neurones trop frétillants.

Là, j'ai senti qu'il fallait adopter des mesures sévères afin que quelques leaders mal embouchés n'aillent pas entraîner les plus naïfs sur un chemin trop glissant. En aparté, mon conseil de sages a mis en place un anti bootcamp et chaque rebelle a été formaté pour accepter de faire en trois heures ce qu'il faisait auparavant en une demi-heure. Et pour neutraliser toute tentative de putsch, il a été décidé d'envoyer le groupe plancher sur les tests de Mensa.

Depuis, plus d'orage sous le chapeau.

Mais j'ai mal au ventre.

Fichtre, d'où cela peut-il bien venir ?

Du côté famille ? Pourtant, je dois être l'une des seules au monde à pouvoir me vanter d'avoir un mari qui m'a lâchée pour aller vivre chez une femme qui affiche vingt-cinq ans de plus au compteur.

Car figurez-vous qu'après avoir envisagé mille solutions, Léon s'est trouvé une petite garçonnière chez une charmante septuagénaire du forty-one. Remarquez, l'avantage - en dehors des boites de chocolat, bien sûr -, c'est que, quand il rentre au bercail, il doit me trouver resplendissante de jeunesse.

Tout est une question de repères dans la vie.

Et si je claquais 16,90 € dans le bouquin d'Hallyday, vous croyez que ça me détendrait ?

22 juin 2014

Le baratin du dimanche 22 juin 2014

La fille qui prétendait hier qu'elle arrivait très bien à se sevrer de toute virtualité

is back.

En même temps, ça n'aura aucune conséquence néfaste sur l'harmonie de ma cellule familiale. Léon est parti à la déchetterie avec sa bassine de gravas et Miss Cocotine est enfermée dans les toilettes avec un Picsou géant.

Mon feuilleton à deux balles peut reprendre,

je ne manque à personne.

21  jours que j’ai les reins bloqués dans le ciment et que mon nerf sciatique, bloqué Zeus-sait-où, me fait geindre comme une mourante.

Ca fait trimer ma panoplie de thérapeutes.

Mais ce n'est pas pour autant que je peux coller ma Thuasne au feu. Du quand-est-ce-que-ça-va-se-détendre-tout-ça-? de mon acupuncteur au retournez-voir-le-rhumato-faut-faire-des-infiltrations-et-éviter-le-burnt-out de mon médecin, j'ai l'impression d'être complètement lost.

De là à s’organiser des virées sur Internet, il n’y a qu’un pas. C'est ainsi que, mercredi dernier, à 13h12, j’ai atterri chez Ameli où, sans surprise, j'ai pu lire :

Les facteurs psychosociaux et les facteurs psychologiques
Les contraintes psychosociales (monotonie des tâches, insatisfaction professionnelle, peu de reconnaissance reçue en échange des efforts fournis...) sont susceptibles de favoriser les lombalgies et en particulier leur passage à la chronicité...

Quand je vous disais que la FPT me tuait à petit feu.

Et du Christophe André, même en intraveineuse, n'y pourrait rien.

J’en ai plein le dos.

Au bout d'un an et demi d'efforts incommensurables pour rentrer dans le moule du fonctionnaire parfait, je suis rongée jusqu'à l'os.

Au point d'en être arrivée à cette piètre conclusion : mon état de zèbre n'est pas compatible avec les systèmes imposés dans la fonction publique qui sont encore bien plus lourds que dans le secteur privé.

Du coup, pour me sentir moins seule, je suis retournée pagayer sur Zebra-Crossing au rayon Emploi, parcours professionnel.

J'ai bien fait, mes bizarreries m'ont semblé, tout-à-coup, fichtrement normales.

C'est déjà ça.

Je n’arrive pas à composer avec la-fausse-blonde-qui-parle-haut-et-fort-et-que-Gentil-Boss-aveuglé-semble-croire-compétente, ses valeurs du style moi-personnellement-je étant fondamentalement opposées aux miennes. J’ai un besoin viscéral de respecter mon supérieur hiérarchique mais quand il se perd dans des propos racistes, je me liquéfie derrière mon écran.  Je m’applique dans mon travail comme une première communiante s’évertue à avaler l’hostie, mais comme la direction a toujours raison, mes remarques et autres réflexions même-pas-puissantes sur comment-rationnaliser-mon-travail ne sont absolument pas prises en compte. J'ai plongé quand Gentil-Boss, à qui j'avais réclamé de me nourrir parce que je m'ennuyais, m'a donné tous les modèles des lettres de la collectivité à reformater en croyant me faire plaisir. J'ai vite compris, qu'à moins de courtiser, lécher, intriguer, personne n'aurait cure de mes talents cachés et que je crèverai à petit feu dans ma catégorie pourrie. Je ne peux pas supporter les concours et autres méthodes de recrutement douteuses qui me paraissent inefficaces et lourdes.

Inévitablement, cette liste-à-deux-balles se termine par je-suis-nulle comme-un-baba-au-rhum-sans-rhum.

Alors je m'enfile un demi alprazolam tous les soirs.

Ca empêche temporairement mes neurones mabouls de plancher sur la question qui les hante 17 heures par jour : mais-fuck-qu'est-ce-que-je-peux-faire-pour-m'en-sortir.

Influencée par quelques articles prétextant que les DRH de France et de Navarre devraient prendre en compte les particularités des HQI pour mieux les rendre heureux,

j'ai rêvé d'un coming out.

Je me suis vue débouler chez Big-Boss et le mettre en demeure d'un  j'ai-146-de-quotient-intellectuel-faites-quelque-chose-avant-que je-ne-me-jette-dans-le-broyeur. Ce qui aurait l'avantage, pour moi, de flinguer net ma sciatique, mais le désavantage, pour lui, de voir la une de Ouest France briser l'image idyllique qu'il s'acharne à donner de sa collectivité. 

Allez savoir si ça ne pourrait pas même remonter aux oreilles de Laurent Delahousse, là-haut, à la capitale. 34 secondes de passage au 20 heures et la France entière commenterait cette fin barbare et injuste.

Enfin, je m'égare, là.

Le souci, c'est que les ressources humaines ne le sont que dans mon monde idéal. Là où je trépasse 39h par semaine, c'est Big Boss qui en est responsable et sa conception de l'humain se résume à organiser une-soirée-laser-game ou un barbecue-chamboule-tout par an.

Autant dire que mon envie de tout déballer est vite retournée là où elle était née.

Mieux valait somatiser.

Je ne peux plus ni marcher, ni conduire, ni m'asseoir.

La nature est quand même bien faite.

31 mai 2014

Le baratin du samedi 31 mai 2014

Après cet hiver douteux, tous les thérapeutes que j'ai consultés se sont rejoints sur un point :

je dois me faire plaisir.

Et même mon généraliste s'y est mis vendredi en me conseillant de regarder cette vidéo de Teresa Robles, une anthropologue et psychologue mexicaine.

Ils veulent tous mon bien, c'est formidable.

Du coup, je me suis laissée aller à dresser la liste de mes envies et devinez ce que j'ai griffonné en number one ?

Me carapater de la FPT.

Ca m'a libérée.

Jusqu'à ce que je repense au glacial Mais-vous-ne-pouvez-pas-vous-dire-que-c'est-un-job-alimentaire ? que m'a récemment balancé la psychothérapeute de couple que Léon a trouvé Zeus-sait-où.

C'est vrai, ça, je n'y avais jamais pensé.

Forte de ce conseil ambitieux et coûteux, j'ai repris ma vie de bureau dès le lendemain matin en me disant : Aujourd'hui, pas question de me laisser bouffer par Pierre-Paul-Jacques, je regarde le verre à moitié plein.

J'ai donc ignoré la blonde-dont-l'idole-absolue-est-Mylène-Farmer, la brune-qui-cultive-les-c'est-qui-qui et le chauve-qui-étale-son-savoir-en-disant-qu'il-a-lu-les-Rougeon-Macquart (faut le prononcer pour saisir la subtilité de la chose et ne surtout pas oublier le e) et me suis concentrée sur mes collègues les plus fréquentables.

Ca a marché.

A 10h43, j'avais saisi 14 factures, scanné 5 contrats et copié 23 documents dans la plus grande félicité.

Au fond, ce n'était pas si compliquée d'être heureuse.

Il fallait juste le vouloir.

Bercée par cette salve de pensées positives, j'en aurais presque occulté le babillement de mes accolytes. Mais mes oreilles se sont soudain mises  à flamber.

Richard, chef de groupe : T'as vu ce qu'elle écrit ? Elle exagère, on n'y comprend rien.

Régine, subordonnée dudit chef : N'importe quoi !

Richard, content de lui : Mais c'est du petit nègre !

Et encore plus content de lui : Tient, faudrait demander à Daouda ce qu'il en pense ! (Daouda étant l'un de nos interlocuteurs, apparemment sénagalais, et donc étrangement noir aux yeux de Richard)

Là, ma narine gauche s'est bloquée,

mon oeil droit s'est injecté de sang

et je me suis mise à bugger

comme un Hubot déglingué.

Des mois déjà que la Régine s'amusait à prendre un accent à la Leeb à chaque fois qu'elle appelait le fameux Daouda. Et même que ça la faisait bien rire et qu'elle en rajoutait en assurant qu'elle ne pouvait pas s'en empêcher.

C'en était trop.

Depuis, j'erre en tournicotant des je-veux-plus-y-foutre-les-pieds dans mon cerveau fracassé.

Si seulement je pouvais me plugger pour être reprogrammée en mode si-tu-le-veux-vraiment-tu-peux-être-happy.

Parce que, là, je n'y arrive plus.

Va encore falloir que je me bourre de Christophe André et de Guy Corneau.

Enfin, en attendant, il fait beau depuis trois jours dans le double-four - mauvaise langue que je suis.

Vous savez quoi ?

Armée de quelques kilos de feta, je me suis remise aux fourneaux pour une nouvelle saison de :

La Crète à domicile.

Une thérapie comme une autre.

Peut-être la meilleure.

13 octobre 2013

A l'écoute de l'autre

L'autre jour, à la Maison de la Presse de Carnac, Léon, dans  un élan d'enthousiasme dont lui seul a le secret, s'est offert le numéro 1 de Elle Man.

Moi, jetant un oeil sur la couv' : Mais ça a l'air passionnant ! Manuel Valls, en avoir ou pas, Viagra la coke du cul...

Léon : Tu sais qu'il y a un gros pourcentage d'hommes qui lisent Elle ?

Moi, provocatrice : Ah oui ? Pour regarder les filles ?

Léon, goguenard : Non, pour les comprendre.

Moi, remettant les pendules à l'heure : Pour comprendre les filles,

vaut mieux lire Causette.

Là, je n'ai pas bien saisi pourquoi, mais Léon a piqué du nez dans son nouveau mag'... pour en ressortir penaud un peu plus tard et déclarer : "Y'a rien là-dedans."

Moi, pour l'achever : Passe-le moi, ça va m'aider à comprendre les hommes.

19 février 2013

Manipulés par une poignée

Une des mes bonnes copinautes, la plus discrète, m'a conseillé de regarder un numéro d'Infrarouge qui a été diffusé mardi dernier très tard - et pour cause - sur France 2 :

La mise à mort du travail

La dépossession

Evidemment, pour regarder ces dents bien alignées croquer de petites têtes dubitatives ou défaites, il faut être fort.

Ou conscient depuis toujours que le monde du travail n'a vraiment rien d'humain, en tout cas dans les grosses structures.

"Moi, je fais partie de ceux qui défendent que le rapport au travail n'est pas contingent, n'est pas accessoire, n'est pas anecdotique, que tout être humain cherche, d'une certaine façon, à travers le travail, l'occasion de se mettre à l'épreuve de soi, pour devenir soi-même, pour s'accomplir. Je pense que c'est un invariant humain.

Le mépris dans lequel est tenu le travail n'est pas d'aujourd'hui. Ca existait déjà dans l'antiquité, c'était des esclaves. C'est passé par les serfs dans l'ancien régime, ça continue avec le taylorisme et le fordisme, et aujourd'hui, on est dans un suprême mépris du travail.

Cet écart et cette manipulation qui est faite en faveur du patrimoine et des revenus spéculatifs contre le travail, dont on est prêt à détruire toutes les caractéristiques, celles qui sont nécessaires à l'exercice de l'intelligence, l'exercice de l'accomplissement de soi, je pense que nous sommes dans une évolution qui, malheureusement, ressemble beaucoup à

quelque chose qui a affaire avec la décadence."

Christophe Dejours - Psychiatre, psychanaliste

Et dire qu'en plus, j'ai une fièvre de cheval.

2 septembre 2012

Le baratin du 2 septembre 2012

57 jours que Miss Cocotine m'en fait voir de toutes les couleurs, il est temps de me déresponsabiliser totalement en la rendant à l'Education Nationale.

Mardi, c'est la rentrée.

Ce Charlemagne, je lui claquerais bien la bise.

1m33, les incisives qui poussent en biais, des pourquois plein son sac et une passion pour Claude François - juré-craché, je n'y suis pour rien -, elle tripatouille si bien la radio le matin que c'est bousculée par Virgin ou Fun que je me brosse maintenant les dents, dans une inconscience crasse mais salvatrice de l'état du monde qui m'entoure.

Le premier cahier de vacances que je lui ai acheté à sa demande début juillet s'est retrouvé rempli aux deux tiers en trois jours. Pleine d'orgueil, je me suis bercée de ma-fille-est-brillante-nom-d'un-chien lorsque j'ai soudain réalisé que j'avais complètement oublié de dégrafer les pages de correction. La chipie était manifestement en train de me faire avaler des couleuvres.

S'en est suivi un règlement de comptes les yeux dans les yeux et une virée chez Leclerc pour acheter un deuxième cahier auquel, à peine la caisse passée, j'ai immédiatement arraché le livret destiné aux parents. Bizaremment, le rythme en a beaucoup souffert et deux jours avant la reprise, ces pauvres pages délaissées doivent moisir dans l'un des tiroirs de son bureau.

Ca me rappelle qu'aujourd'hui, je vais devoir perquisionner sa chambre et remettre les pendules à l'heure. Car ranger est un concept apparemment inconnu chez un enfant de huit ans et la semaine dernière, en guise d'introduction, je suis entrée dans les lieux d'un va-falloir-que-je-mette-le-nez-dans-ce-foutoir-ça-va-faire-mal qui se voulait très explicite.

Pour autant, personne n'a tremblé, et quand j'ai plongé sous son lit et que, ulcérée, j'en ai sorti une imitation de Chupa Chups toute collante, un papier de Malabar froissé et une culotte sale en braillant non-mais-c'est-quoi-ça-?, elle a explosé de rire. Vexée comme un pou, j'ai battu en retraite en la menaçant d'un tu-vas-pas-rigoler-longtemps.

Parent solo, c'est exactement le job que je n'aurais pas voulu faire, et pourtant, je nage en plein dedans. Même si Léon exerce brillamment son autorité parentale par téléphone et revient comme un héros les poches pleines de gâteaux le vendredi, c'est moi, qui doit, toute la semaine, expliquer que la vie du monde et celle de tous les jours ne peuvent fonctionner sans règles. Autrement dit, notre duo a dernièrement subi des coups de chaud.

Le cartable sera prêt ce soir et la chambre remaniée. De cet été 2012, Miss Cocotine sort avec des grands pieds et l'envie de revoir les copains.

Quant à moi, je vais devoir ranger la Crète au placard, stopper ma mono-diète feta et sortir la tête du sable blond pour m'adonner à nouveau à mon exercice favori qui consiste à triturer cette question assommante :

Mais qu'est-ce-que je vais faire

du reste de ma vie ?

En fait, pour vous dire la vérité, je suis à deux doigts d'aller voir une voyante parce que s'il s'agit d'avoir une fin prématurée à la Delarue, autant se détendre tout de suite et annuler tous mes futurs rencarts à Pôle Emploi.

26 juin 2012

Le baratin du 26 juin 2012

Si vous avez la bravoure de suivre mes aventures ou si vous furetez de temps à autre dans le tag "job wanted", vous savez déjà que je suis l'heureuse titulaire d'un concours de catégorie C de la Fonction Publique Territoriale et que ce formidable sésame ne m'a absolument rien apporté à part trois petits contrats temporaires en deux ans.

En septembre 2010, j'ai d'abord récolté une embauche d'un mois pendant lequel j'ai gentiment répondu aux usagers exaspérés de voir leur collecte de poubelles passer de deux à une fois par semaine jusqu'à me faire traiter de sale-fonctionnaire, moi qui ne l'était même pas (à revivre ICI, LA, LA et LA pour le fun).

Mon travail a été loué et j'ai été chaudement remerciée.

Puis, j'ai végété en tentant de trouver mon bonheur dans la poignée d'annonces qui paraissaient sur le site du CDG et lorsque que, par miracle, l'une d'elles collait à mon parcours, je m'empressais de proposer ma candidature pour qu'elle soit au final refusée sans ménagement et sans explication. Sauf une seule fois où j'ai été reçue par un jury qui en a choisi une autre en me rassurant d'un si-ça-n'avait-pas-été-elle-ç'aurait-été-vous, ce qui m'a fait une belle jambe.

En juin 2011, j'ai fêté ma première année de recherche infructueuse dans la FPT et tout en gardant mon espoir de trouver un poste intact, j'ai commencé à m'interroger sur les méthodes de recrutement brumeuses qui avaient l'air d'y être pratiquées.

Un an plus tard, une collectivité m'appelait pour un autre contrat d'un mois où j'ai, dans les premiers jours, sorti six sacs de vieilleries que la fonctionnaire-propriétaire des lieux n'avait certainement pas eu le temps de trier depuis 2003 ou 2005, et dans ceux qui ont suivi, touché le fond (à revivre ICI, LA, LA et LA pour le fun).

Mon travail a été loué et j'ai été chaudement remerciée.

Et comme l'adage jamais-deux-sans-trois marche à tous les coups, en novembre 2011, les portes d'un eldorado s'ouvraient à moi sous la forme de six mois de précarité qui seraient en fait prolongés de deux, au même endroit, mais dans un service différent (à revivre ICI, LA, LA, LA, LA, LA et même LA, pour le fun).

C'est ainsi qu'à l'heure des tablettes et des smartphones, j'ai passé des heures interminables à reconstituer et remplir

à la main

les 267 dossiers qui n'avaient pas été touchés depuis parfois 30 ans, dans la bonne humeur certains jours où je faisais tourner la méthode Scarlett à plein régime, et dans un questionnement sans fin rempli de mais-qu'est-ce-que-je-fous-là et ils-vont-avoir-ma-peau-ces-cinglés, les autres.

Car la cerise sur le gâteau, c'est que je suis tombée dans une équipe dirigée par un trio explosif composé d'un big manitou qui déboule la gueule enfarinée le matin à 9h07 en disant génial-c'est-vendredi ou ouf-je-suis-bientôt-en-vacances et qui, vingt minutes plus tard, déserte en annonçant ben-moi-j'ai-besoin-d'un-café, et de ses deux sbires, l'un qui fait régulièrement dans la tragédie grecque et qui essaie de rallier les autres à sa lourde cause, et l'autre qui traîne son existence en pleurnichant j'en-peux-plus ou en clamant arbeit-macht-frei.

Autant vous dire que le xième degré était la condition sine qua non pour rester à peu près saine d'esprit et toucher mon SMIC mensuel.

Surtout que le lendemain même de mon entrée dans les lieux, j'étais informée que tout l'étage ou presque cherchait à se faire la malle.

Du plomb pour la motivation.

Pendant des mois, mon empathie naturelle et complètement niaise m'a porté vers les uns et les autres et j'ai vraiment livré bataille pour essayer de décoder leurs systèmes diaboliques. Certains enfants gâtés ont même poussé le culot jusqu'à venir pleurer dans mon giron sans apparemment se rendre compte que l'oreille attentive dont ils abusaient sortait de, et allait, elle, retourner à Pôle Emploi.

Le nombrilisme rend aveugle.

Pas étonnant, donc, que trois des agents ayant officié à l'étage aient pris la poudre d'escampette au bout de quelques mois pour aller voir ailleurs si l'air était plus sain.

Trois postes à pourvoir sont, du coup, passés sous mes yeux en neuf mois.

Mais juste passés.

Car sur trois dossiers de candidatures déposés, l'agité qui sert de recruteur en a écartés deux sans même avoir le courage de m'en informer directement - et alors que je planchais intra muros -, et de guerre lasse, j'ai décidé de retirer la troisième, l'ambiance pathétique qui régnait me semblant invivable à long terme.

Quand le premier crache sur le deuxième derrière son dos, le deuxième déblatère devant témoins sur le troisième et le troisième avoue en catimini son impuissance à maîtriser la situation. Ca n'empêche aucunement tout ce joli petit monde de se barrer bras-dessus bras-dessous à la machine à café en riant à gorge déployée. Situation absolument incompréhensible pour le zèbre que je suis.

Autant dire que dans ma quête d'honnêteté, di'ntégrité et de sincérité, j'ai salement morflé pendant ces longs mois à tenter de me faire accepter par ce groupe de titulaires ou de stagiaires qui pratique l'entre-soi et qui s'est allégremment moqué de moi et plus encore de mon pourrissement sur liste d'aptitude.

A chaque fois que j'ai demandé poliment des explications sur le fait qu'apparemment, mon concours n'avait aucune valeur à leurs yeux, arguant qu'au CDG et même au CCAS, on m'avait dit que même s'il ne signifiait pas recrutement, il devait, logiquement, me propulser sur le haut de la pile, j'ai essuyé des mais-je-me-moque-de-savoir-ce-qu'on-vous-a-dit-au-CDG-ou-au-CCAS et des on-vous-a-embauché-pour-une-mission-et-c'est-tout qui m'ont projetée plus bas que terre. Et le plus croustillant, je l'ai sans doute vécu le jour où dans un élan de grâce, le grand maître du service m'a assassinée d'un de-toute-façon-les-annonces-sur-Cap-Territorial-elles-sont-toutes-fausses.

Essaie de sortir la tête hors de l'eau et tu recevras une brique sur le crâne.

Dans ce service, aucun fonctionnaire de catégorie C n'avait le concours.

Pour corser le tout, le marteau piqueur a joué ses gammes juste au-dessous du lino 40-ans-d'âge, créant une panique générale et démontrant le manque d'efficacité de la direction et des élus à anticiper une situation prévue depuis des mois (il paraît qu'ils avaient juré leurs grands dieux qu'il n'y aurait pas de nuisances sonores) et que moi, dans mon registre nettement moins politiquement correct, j'appelle du foutage-de-gueule.

Après m'être fait insulter par l'hystérique de service, traiter de "vieille" par le provocateur limite pervers et aboyé dessus par le tellement-paralysé-par-ses-peurs qu'il serre les dents à tout bout de champ et devient violent,

j'ai fini par lâcher le morceau

et n'ai plus décroché un  mot.

Vendredi dernier, alors que j'étais complètement seule à l'étage puisqu'ils étaient tous partis fêter la fuite prochaine de l'un d'entre eux - le troisième déserteur en un an - le marteau piqueur a soudain réapparu après des semaines de silence.

J'ai tenu un certain laps de temps avec des boules Quies vissées dans les oreilles, puis, n'ayant plus rien à perdre ni à gagner, je me suis sauvée aussi discrètement que j'étais arrivée.

Mon travail a été loué et je ne les ai pas remerciés.

Résultat des courses : comme-qui-dirait,

j'ai pris dix ans.

Alors, pour l'instant, et même si on m'a juré-craché que ce n'était pas comme ça partout et que je n'avais pas eu de chance - sans blague -, ne venez surtout pas me parler de Fonction Publique Territoriale.

J'en suis à digérer, à classer et à deleter les informations qui me polluent les hémisphères en attendant ma dernière feuille de paie et mon attestation Pôle Emploi, sans pour autant adhérer à ce que m'a lancé un collègue hier matin, alors que d'une mine décomposée, je lui annoncais que j'allais ficher le camp plus vite que mon ombre : "Ben au moins, t'auras gagné quelques mois d'Assedic".

En tout cas, je tiens là la preuve que

Bouddha veut ma peau.

A moins qu'il ne se tue à me faire comprendre que je ne serai jamais fonctionnaire et que du coup, je rejoindrai dans un an la liste des reçus-collés du double-four (15,19 % recensés en 2011).

D'ailleurs, pour me distraire, je lis le rapport de l'IGA (Inspection Générale de l'Administration) paru en mars 2012 et relatif à la situation des lauréats "reçus-collés" aux concours de la Fonction Publique Territoriale que m'a gentiment envoyé ma copinaute Eternalia, histoire d'être moins cruche et de voir écrit noir sur blanc qu'ils sont tous parfaitement conscients des dysfonctionnements du système, et ce, depuis très longtemps.

Vous savez quoi ?

A l'heure où je viens de renouveller mon inscription sur la liste d'aptitude pour la troisième et dernière année,

j'ai perdu trois kilos.

Ca tombe bien, pour le maillot de bain.

Bonne journée à tous !

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